A touch of sin, de Jia Zhang-Ke

****   L’anti-film promotionnel touristique

Welcome to China!

Welcome to China!

A touch of sin (« une once de péché ») s’est choisi un titre au doux euphémisme, une sonorité poétique pour une réalité apocalyptique, celle de la Chine contemporaine.

Que les dirigeants chinois aient censuré le film dans son propre pays lui rend un bel hommage, en reconnaissant dans cette fresque sociale, construite autour de 4 « contes » inspirés d’histoires vraies, une facette existante – mais dissimulée – de la Chine d’aujourd’hui. Cette facette, dans laquelle résonnent et se répondent les mots violence, désespoir, abus, fait l’effet au spectateur d’assister  en direct à l’inquiétant frémissement qui annonce l’explosion de la cocotte-minute.

Le premier portrait, celui de  Dahai, un homme rendu littéralement fou par la corruption qui régit sa ville et son quotidien, frappe de plein fouet les attentes du spectateur, rendu muet par la brutalité écrasante des paysages et des visages. Tout est trop grand, trop lourd, trop froid, trop impitoyable : dans cet étau, certains ne trouveront la paix qu’en choisissant la voie la plus extrême. L’une assassine l’homme puissant qui tente de la violer, l’autre se jette de l’immeuble-dortoir de son usine, un autre trouve dans le braquage un remède à la pauvreté de son existence, des trajectoires qui croisent d’autres âmes perdues dans la tourmente de la jungle économique.

Et le tigre est en toi ...

Et le tigre est en toi …

Cette obsession de la vengeance, cette quête de libération, une mise en scène qui n’hésite pas à forcer sur le délire meurtrier, rappelle par moments des thématiques à la Tarentino, dans les effluves de Kill Bill, le meurtre (ou le suicide) étant dépouillé de son aspect bêtement pratique pour revêtir une symbolique et une gestuelle presque fantastique, un sens qui dépasse l’acte en lui-même.

A touch of sin effraie, surprend, et nous emmène dans un véritable périple touristique au sein de la misère humaine, un sympathique tour operator de “la Chine dysfonctionnelle comme vous ne l’aviez jamais vue”, que l’on peut par moments trouver parfois un peu lent, mais toujours percutant.

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