Alceste à Bicyclette, de Philippe Le Guay

seau popcornseau popcornseau popcorn  Le Molière du popcorn qui colle « une effroyable haine » à l’acteur égocentrique.

Le popcorn guy à bicyclette

Le popcorn guy à bicyclette

Traumatisés du programme du bac de français et autres réfractaires à la récitation scolaire, vous retrouverez peut-être dans les répétitions insulaires de Lambert Wilson et de Fabrice Luchini un parfum nostalgique d’alexandrins poussiéreux dont la familiarité déconcertante vous fera soudain prendre conscience que vous êtes imprégné de culture classique jusqu’à la moelle, malgré tous vos efforts pour vous déculturer à coups de jeux d’arcades et autres émissions de télé réalité.

Non, il n’y a pas que Lionel Jospin à l’Ile de Ré, et d’ailleurs hors saison, il n’y a personne. Oui, on y fait du vélo, on y mange des fruits de mer et on sort fièrement son ciré jaune en cas de pépin. Cette île qui sert de huis-clos aux délires théâtreux égocentrés de Wilson et Luchini n’est peuplée que d’insulaires virulents, d’une belle italienne en mal de compagnie et d’une apprentie hardeuse qui rêve d’une carrière triomphale dans les pays de l’Est.

Va, je ne te hais point.

Va, je ne te hais point.

Voilà pour la représentation de la femme, entre classe et pornographie. N’empêche, on en rigole bien, les spectatrices en premières.

Si Alceste à bicyclette n’est pas le film de l’année, il fonctionne néanmoins comme un bol d’air marin régénérant, belle pub pour l’Ile de Ré et décontractant indolore pour la Sécurité Sociale. Le spectateur prend un malin plaisir à entendre ces deux acteurs, Gauthier Valence le flamboyant héros des femmes de France (Wilson) et Serge Tanneur l’aigri dépressif en rupture de popularité (Luchini), s’écharper à travers les rimes de Molière et la conquête d’une femme. Revivant en direct sans s’en rendre compte la pièce du Misanthrope, Gauthier et Serge se disputent l’air ravi le rôle d’Alceste à coups de cris, de pannes de vélo et de verres de vin blanc. Réjouissant.

Sorte de fable contemporaine qui fait grivoisement de l’oeil au XVIIème siècle, entre conte de Rohmer et Bienvenue chez les ch’tis (aïe la comparaison qui fait frissonner le cinéphile), Alceste à Bicyclette ravive le feu du théâtre français sans éclaboussures et permet grâce à un scénario finement développé de passer agréablement une fin de soirée ou un dimanche après-midi pluvieux.

I don't care, I'm a millionnaire

I don’t care, I’m a millionnaire

Je me permets ici pour conclure de citer la critique de Pascal Mérigeau dans le Nouvel Obs: « On trouvera au passage dans cette comédie plaisante la confirmation que l’île de Ré n’est pour les gens de cinéma pas uniquement lieu de vacances mais aussi terrain de jeu, enfin je veux dire de travail. »

PS: Pour ceux qui se poseraient la question sans oser la formuler, un misanthrope est une personne qui a développé une « effroyable haine » pour le genre humain. Référence culturelle: Docteur House. Références sociales:  les gens qui osent prendre le métro à la même heure que vous le matin. Tout le monde a compris?

Fun fact: A un moment dans le film, Luchini complimente avec ironie Wilson sur sa musculature impressionnante. Je peux ici prouver que les scénaristes n’inventent pas toujours, puisque les rares fois où j’ai mis les pieds dans ma salle de sport parisienne, j’y ai toujours croisé le fameux Wilson en pleine joute non verbale avec la machine à fabriquer du muscle. Comme quoi. Les acteurs sont des hommes comme des autres.

 

 

 

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