Au bout du conte, d’Agnès Jaoui

seau popcornseau popcorn            Pas facile de trouver maïs soufflé à son pied

L’annonce de la sortie d’un nouveau Jaoui- Bacri, nonchalamment lâchée au beau milieu  d’une colonie de bobos parisiens, produit généralement le même effet euphorique que l’ouverture d’un nouveau KFC dans une bourgade reculée du Kentucky. C’est dire.

L’air bougon et les cernes de Jean-Pierre Bacri confèrent à chacun de ses films un air familier qui se fait sentir aussi bien installé dans les fauteuils de ciné que dans son propre canapé. Et tant pis si le monsieur de devant est trop grand ou si la dame de derrière tape dans le fauteuil. Bacri a haussé le râleur congénital au rang de héros moderne. On ne le remerciera jamais assez pour cela.

Au début du conte, il y a moââââ

Au début du conte, il y a moââââ

  Au bout du conte n’est pourtant pas l’oeuvre (côté réalisation) de Bacri mais bien celle de Jaoui, qui vole de ses propres ailes tout en conservant son acteur de sécurité. Le duo n’avait d’ailleurs plus besoin de faire ses preuves dans l’art du dialogue et de la réplique bien sentie, talentueux caricaturistes de la société contemporaine et de l’esprit de famille. C’est bien pour ça qu’on les aime, aussi. Les quelques courts extraits choisis en lieu et place de bande annonce prévoyaient déjà aux spectateurs un moment de douce tranquillité dans l’univers acerbe et décalé des « Jacri ». Bienvenue à bord.

On y trouve des couples faits, défaits ou en devenir, cherchant désespérément à vivre le moins malheureusement possible. Un jeune et timide compositeur brise le coeur de sa violoncelliste en tombant sous le charme de la frêle princesse qui elle-même ne saura résister à l’irrésistible Grand Méchant Loup amateur de belles jambes et de drogues diverses, lui-même voisin de la gentille tante de ladite princesse qui soit dit en passant essaye d’apprendre à conduire tout en emmenant chez le psy sa fille obsédée par la bible dans une école où la nouvelle copine du professeur de conduite, lui-même père involontaire du compositeur qui vit avec sa mère, serveuse dans le bar de la Licorne qui… bref. Je ne vais pas tout vous raconter non plus.

Pourtant dans ce film le choix très prononcé d’une mise en scène qui rappelle l’univers poétique et métaphorique du conte vient alourdir considérablement un scénario truffé de petites perles du genre, dressant un bilan assez inégal de la qualité de l’ensemble. Eclats de rire et échanges jouissifs laissent trop souvent la place à du remplissage neutre, si ce n’est carrément ennuyeux. Le joyau de leur talents combinés brille ici un peu moins que de coutume, mais partir de très haut pour atterrir un peu plus bas ne signifie pas encore frôler le désastre, loin de là.

Cette variation sur le fantasme du Prince Charmant, entrecoupé d’un Petit Chaperon Rouge en voie de perdition, est heureusement servie par des acteurs percutants, au physique remarquablement en phase avec le film, ses décors et ses rebondissements. On notera notamment la performance de Benjamin Biolay, remarquable loup charmeur de demoiselles rêveuses, et d’acteurs moins connus comme Dominique Valadié. Agnès Jaoui veille sur tout ce beau monde en bonne fée foutraque et bienveillante, quant à Bacri, que dire, si ce n’est que l’on voudrait le voir toujours plus et toujours plus récalcitrant.

Si légère déception il y a, celle-ci n’est qu’un reflet de la qualité de ce que les réalisations jaoui-bacri de Jaoui et Bacri laissent toujours espérer; c’est-à-dire qu’elle demeure totalement relative.

Filmographie sélective des Jacri:

  • Smoking/ No Smoking (1992)
  • Un air de famille (1996)
  • On connaît la chanson (1997)
  • Parlez-moi de la pluie (2008)

2 réflexions au sujet de « Au bout du conte, d’Agnès Jaoui »

  1. Moi j’ai trouvé ce film très réussi, doté d’un savant mélange d’amertume et de tendresse, bien écrit et drôle, comme le sont les bons Jacri !

    • J’adhère tout à fait au mélange d’amertume et de tendresse, rien à redire sur l’écriture, c’est vraiment plutôt la mise en scène qui m’a gênée et a légèrement occulté la qualité de la scénarisation.

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