Cloud Atlas, de Lana et Andy Wachowski et Tom Tykwer

seau popcorn                      Beurk.

 

Une fresque prétentieuse dont la chute est à l’aune de son ambition absurde, véritable débordement d’images et d’aphorismes bienpensants qui, s’ils ne donnent pas la nausée aux plus aguerris, devraient au moins les mettre mal à l’aise. Cloud Atlas ne sauve son unique seau de popcorn qu’au regard d’une imagination, d’une science de l’image et du déguisement indéniables.

Attention je vais tout recracher!

Attention je vais tout recracher!

Partie voir ce film dans un esprit d’ouverture, reconnaissant que je ne pouvais pas uniquement chroniquer des films d’auteur sous-titrés arméniens ou danois, ces 2h45 (deux heures quarante-cinq!!!!!!!) de délire visuel se voulant tellement signifiant qu’il ne signifie absolument plus rien m’ont collée une bonne paire de baffes assorties d’une perfusion de lexomil.

Comme l’a très bien résumé mon voisin de projection: « t’as pas envie de t’ennuyer mais c’est quand même bien chiant ». A ce niveau là ce n’est même plus chiant, c’est carrément horripilant. Ce film génère un formidable yoyo émotionnel provoqué non pas par le contenu du film mais par le film lui-même: on passe de la bonne surprise (tiens ce n’est que de la science-fiction, tiens il y a de belles images) à un franc écoeurement en passant par un ennui vacillant, jusqu’à la fin, un matraquage de trente minutes de voix off pontifiante qui nous fait regretter l’époque des bobines 35 qui, elles au moins, on pouvait brûler. 

Cloud Atlas met en scène 5 histoires imbriquées les unes dans les autres, sorte de mille-feuille écoeurant débordant de crème pâtissière. Chacune de ces histoires, imaginée à des époques très différentes (avant, maintenant, après), ont pour protagoniste un héroïque être humain dont le tatouage en forme de comète indique la destinée: lutter contre l’oppression. Bouh, les méchants esclavagistes. Bouh, les méchants pétroliers. Bouh, les méchants garde-chiourmes de maisons de retraite. Bouh, les méchants cannibales. Et re-bouh, les vilains dictateurs du futur. Lançons les paris: combien d’américains vont-ils se précipiter se faire tatouer une petite étoile filante sur la peau des fesses?

Car sachez-le, les réalisateurs ont eu besoin de presque 3 heures de film (un Alzheimer du montage?) pour marteler jusqu’à ce que mort s’en suive ces deux préceptes fulgurants d’originalité et de finesse: c’est bien de se rebeller contre l’oppression, et l’amour, eh bien c’est beau.

Viens, repeuplons la planète dans ce bosquet derrière

Viens, repeuplons la planète dans ce bosquet derrière

 Dans l’univers de Cloud Atlas, pas de viande de cheval dans les lasagnes mais de la chair de cyborg dans la soupe de ces mêmes cyborg, ou comment penser avoir l’idée de la métaphore du siècle. Un discours tellement bienpensant et lénifiant que l’on finit par se demander si le film n’a pas été financé par la branche médias de la scientologie. Et puisque l’on en parle, Tom Cruise aurait fort bien pu remplacer Tom Hanks dans le rôle du vieil humain bourru retourné à l’état de sauvage après la Chute du monde moderne. Un Tom Hanks qui repeuple la planète de petits sauvages métis et regarde les étoiles de son oeil borgne en rêvant à un monde meilleur. A trois, sortez vos mouchoirs.

Les réalisateurs de Cloud Atlas ont apparemment bien intégré la notion de discrimination positive. Bravo à eux. Chacune des 5 histoires à son noir, son asiatique et son blanc amis pour la vie, dans un doux métissage ponctué de commentaires moralisateurs. Encore mieux, on nous offre également le couple homosexuel et le couple humain-cyborg. Qui dit mieux?

cloud atlas affiche Quelques références à Matrix se pointent par ci par là, yeux légèrement bridés des hommes du futur et un général de l’Union Rebelle qui nous rappelle vaguement quelqu’un… et nous fait amèrement regretter l’inspiration de l’époque des ex-frères Wachowski. Dans le genre mise en scène de l’humanité décadente après qu’elle eut réussi à détruire  la planète, Wall-E apparaît en comparaison comme un chef d’oeuvre de subtilité.

Oui, 5 mondes c’était peut-être un peu trop les gars. Pourquoi cet affreux concept qui consiste à mixer Avatar, Tron l’héritage, Benjamin Button, Le cercle des poètes disparus et Scoobydoo dans un cocktail vomitif? Pourquoi? Si au moins un de ces 5 mondes avait été celui de Spring Breakers, ca nous aurait reposé. C’est dire. 

 

 

 

3 réflexions au sujet de « Cloud Atlas, de Lana et Andy Wachowski et Tom Tykwer »

  1. Haha – je n’irais pas voir, mais même après lecture de cette criticlaque, je ne suis pas sûr que Cloud Atlas puisse seulement espérer détrôner Battlefield Earth. Mon chouchou a quand même gagné 7 Razzies à sa sortie, puis 2 supplémentaires couronnant « le pire drame de ces 25 dernières années » en 2005 et « le pire film de la décennie » en 2010.
    Si tu veux des idées de bashlines :
    http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Terre-Champ-de-bataille-le-scenariste-s-excuse-pour-le-film-2273401

    • Cet article est extraordinaire, tout comme le concept de criticlaque.
      Mention spéciale au NY Times, à propos de Battle Field Earth (mais qu’est-ce que c’est que ce titre aussi??): « Terre Champ de bataille parle de l’extinction de la race humaine. Après avoir vu le film, je suis pour. »

      Merci vivement.

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