La Grande Belleza, de Paolo Sorrentino

seau popcornseau popcorn                 Rome, unique objet de mon ressentiment, etcetera 

zut, je rêve encore que je cauchemarde

zut, je rêve encore que je cauchemarde

Paolo Sorrentino réussit ce coup de maestro qui consiste à alterner plans d’une beauté à couper le souffle (vraiment) et séquences d’un mortel ennui (vraiment aussi), dont l’évident point commun consiste à tuer le spectateur à petit feu, entre syndrome de Stendhal* et apnée du sommeil.

La cinéphile en moi eut pourtant adoré adhérer en bloc à la dextérité et à l’imagination esthétique et monstrueuse du réalisateur, mais celui-ci est allé un poil trop loin dans le concept. A trop vouloir démontrer la décadence contemporaine de la bonne société romaine et la vacuité sans fonds de la nature humaine, il a fini par condamner son propre film à la déchéance. Coup de génie, diront certains, mais ceux-là ont dû roupiller une bonne moitié de la projection.

Indéniablement inspiré par l’oeuvre de Fellini et ses folles et glauques orgies cinématographiques, Sorrentino suit dans ses errances festives et existentialistes le dénommé Jep Gambardella (fabulous Toni Servillo), écrivaillon et mondain en chef de son état, coureur de jupons et esprit satirique, homme vide et sympathique à la fois, perdu entre vie gâchée et fantasmée, obsédé par les bonnes soeurs et la tisane de sa femme de ménage.

Canari is so chic

Canari is so chic

Les deux premières scènes, superbes – et qui justifieraient en soi d’aller voir le film -, donnent le ton aux 90 premières minutes de La Grande Belleza. Celles-ci parviennent à tenir le public en haleine en lui distillant avec machiavélisme suffisamment de pain, de jeux  et de belles images pour attiser son désir. Mais il se produit alors à la 91ème minute un effet physiologique de non retour: chaque scène qui s’ajoute aux autres à partir de ce moment-là provoque le même effet que le crissement d’ongles trop longs sur un tableau noir. Séance de torture sado-masochiste pour le spectateur qui refuse de s’avouer vaincu et enfonce ses avant-bras moites sur les accoudoirs jusqu’à boucler les 2h22 (symbolisme pervers?) du film.

La beauté sauvera le monde, mais La Grande Belleza, peut-être pas. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il s’agit d’un film formidablement accompli. Trop, en fait. Presque un peu blet.

*Syndrome de Stendhal, dit aussi Syndrome du voyageur ou Syndrome du Japonais à Paris: Black-out provoqué par une montée émotionnelle due à la trop forte présence autour de soi d’oeuvres d’art réputées mondialement. Peut aussi être confondu avec une insolation, si on visite Rome ou Istanbul en plein mois d’août sans bob sur la tête.

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