Le géant égoïste, de Clio Barnard

* * *  Fucking idiot ! 

La douce alliance du cheval et de la centrale

Le Géant égoïste de Clio Barnard, réalisatrice britannique (comme son nom ne l’indique pas) plus connue pour ses documentaires, n’a plus grand chose à voir avec celui d’Oscar Wilde : à Bradford, ville du Nord de l’Angleterre aux quartiers déshérités, les jardins merveilleux qui attiraient les enfants ont été remplacés par une immense décharge où se vendent ferraille au kilo et autres objets de récupération.

Un univers violent mais riche de promesse qui fait briller les yeux d’Arbor et de Swifty, gamins de 13 ans entre enfance et adolescence. Hyperactif et intenable, Arbor vient d’être expulsé du collège, louvoyant entre une mère célibataire et un grand frère toxicomane. Quant au brave Swifty, il tente de son côté d’arrondir les fins de mois de sa mère, coincée entre un mari violent et une dizaine d’enfants.

Un décor morose s’il en est, grisâtre et British à souhait, dans lequel les enfants ne rêvent pas de Walt Disney mais de gaines de cuivre à refourguer. Un petit jeu dangereux dans lequel ne craint pas de les pousser et de les confronter Kitten, le patron de la décharge. Les amateurs de films anglais et autres fanas de l’esprit à la Ken Loach devraient apprécier.

Le bonheur est dans le métal

Le bonheur est dans le métal

Un décor sombre, donc, mais jamais vraiment auto-apitoyant : le jeu époustouflant des deux jeunes acteurs non professionnels permet au film de sortir à tout moment du glauque grâce à des sourires et des répliques enfantines rayonnantes de vie et d’espoir… oui, désolée, il demeure tout de même difficile d’éviter les poncifs et les clichés avec un pareil sujet !

Un conte moderne, certes pas totalement original, dont l’image cherche à échapper via une certaine dose de contemplation et de naturalisme à l’écueil du trop-plein de dramatisation. Malgré quelques convenances, ou défaillances, de l’ensemble, Le géant égoïste s’impose comme un film sensible, juste et percutant, qui augure peut-être de la naissance d’un nouveau talent « social » outre-Manche. Et il y a de quoi faire. God save the Queen & the English films.

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