Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese

Voici l'homme qui a remis le lancer de nain au goût du jour

Voici l’homme qui a remis le lancer de nain au goût du jour

* * * * Be careful, brebis isolées,             le Loup rôde

Le Loup de Wall Street, alias Wolfie, alias Jordan Belfort, alias Leonardo DiCaprio, est un jeune homme talentueux aux dents longues, qui n’a qu’un seul objectif dans la vie : faire du pognon. Ah et puis aussi acheter de la drogue, avaler de la drogue, acheter des femmes, coucher avec des femmes, etc, etc.

Le bon point de Martin Scorsese dans cette adaptation de l’autobiographie du véritable Jordan Belfort en personne est qu’il n’a jamais l’air de juger du bien ou du mal des actions du jeune fauve. Comme dans un documentaire animalier, nous observons le loup et sa meute d’affamés manger, dormir, chasser, sniffer, baiser, fumer, enfumer. Avec méthode et, il faut bien le dire, une énergie qui force l’admiration. Ceux qui ont déjà participé à des soirées jusqu’à l’aube comprendront le défi que cela relève de répéter cette même soirée durant des années. Quant à ceux qui ont du mal à entendre le mot « fuck » ou à supporter les cris, et d’autant plus à entendre un millier de fois le mot « fuck » hurlé, devraient peut-être se passer de la projection.

Jordan aux mains de homards

Jordan aux mains de homards

Bref, nous sommes en plein dans la débauche des traders sans scrupules du Wall Street des années 1980-1990. Martin Scorsese s’étant mis en tête de bien tout nous montrer et nous raconter, le film dure 2h59 : un ramassis de scènes d’anthologie (ah, cet entortillement absurde et hilarant de DiCaprio dans le fil du téléphone) et de rôles époustouflants, qui traîne tout de même un peu en longueur à la mi-temps. Le temps de regarder discrètement l’heure sur son portable et voilà que ça repart. En parfaite synchronisation avec le rail de coke que s’enfile DiCaprio à l’écran. Un Leonardo dans une forme olympique, présent à tout moment, jouant une gamme de registres assez étonnant, du brave héros naïf à l’ordure de la pire espèce, impossible de savoir. D’autant plus que son papa est un gentil barbu et que ses employés l’adorent.

De l’ascension à la chute, Jordan est entouré d’une jolie brochette de seconds rôles de premier plan, parmi lesquels la trop brève apparition de Matthew McConaughey en vieux trader déjanté, le gros associé Donnie (Jonah Hill), le brave papounet (Rob Reiner), et même l’épouse (beaucoup trop) bombasse (Margot Robbie). Ces personnages sont impliqués dans des scènes absolument désopilantes, ou horripilantes, selon le contexte. Pour sa part, notre Jean Dujardin national fait pâle figure en comparaison dans son rôle de banquier suisse, faisant rire uniquement le public français, flatté de la présence du drapeau tricolore dans un film de Scorsese (C’était lui ou Marion Cotillard de toute façon, on ne s’en sort pas si mal.)

Charmante petite scène en famille

Charmante petite scène en famille

Scorsese a certes tendance à s’étendre sur des séquences qui tournent au ralenti, mais ne serait-ce pas là une manière d’étendre au public le rythme obsessionnel réel de l’univers dépeint ? Tout ce monde de débauche vit et revit inlassablement la même scène, les mêmes discours, les mêmes soirées, sans qu’ils n’aient l’air de se rendre compte d’autre chose que du plaisir immédiat qui est devenu leur came. A leurs yeux, les rois du monde, c’est eux. Et fuck les USA. Et fuck le reste du monde. La seule chose qu’ils craignent vraiment, c’est la pauvreté. Fuck les pauvres par la même occasion. C’est vrai que l’argument se répète…

A nice day at work

A nice day at work

Pour autant, le délire visuel du film rappelle par moments un certain Fellini, ainsi que La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino sorti en 2013. Le sujet y est d’ailleurs en fin de compte le même, à savoir une humanité qui trouve dans la frénésie un placebo contre l’ennui : un prétexte à des films fleuves dont les images trépidantes démontrent l’absolue vacuité. A la fois jouissif et dépressif, Le Loup de Wall Street fait partie des poids lourds de l’année (passée).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>