Les chiens errants, de Tsai Ming-Liang

* *   L’ennui exaspérant d’une oeuvre bien trop belle

La nuit, tous les chiens errants sont polis.

La nuit, tous les chiens errants sont polis.

Tsai Ming-Liang, réalisateur taïwanais à la croisée des cultures asiatiques et fan absolu des films de la Nouvelle Vague française, livre ici un film de deux heures construit sur l’enchaînement d’une dizaine de plans fixes. La lenteur et la sensibilité à vif de ces images en font se tortiller beaucoup sur leur siège de cinéma, les uns se triturent les ongles, les autres bâillent à s’en décrocher le mâchoire, les derniers, fascinés, ne perdent pas une miette de ces fragments de vie décortiqués.

Chacun sa gamelle, quand même!

Chacun sa gamelle, quand même!

Les chiens errants met en scène la vie de galère quotidienne d’un père seul et de ses deux enfants. Alors qu’il perd peu à peu pied face à la solitude et à la pauvreté, ses deux enfants errent toute la journée dans les supermarchés à la recherche de nourriture gratuite. Tout comme envers de véritables chiens errants, le spectateur a du mal à se défendre d’un mélange de pitié, de tendresse et d’exaspération pour ces êtres qui se prennent dans ses jambes. Et la caméra de Tsai Ming-Liang ne fait rien pour y remédier. Il semble s’amuser à repousser sans cesse les limites de l’intime et de notre patience, allant jusque dans une absurdité bienvenue, à travers le personnage mystérieux d’une femme inquiétante, et qui nous distrait du rythme anesthésié de l’histoire racontée.

Et donc? Et donc c’est beau, trop beau; lent, trop lent; sensible, extrêmement sensible : une combinaison explosive qui horripilera les uns comme elle fascinera les autres.

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