Mariage à l’anglaise, de Dan Mazer

seau popcorn    Le shortbread peut provoquer de graves risques d’étouffement

 

On attendait en trépignant d’une joie malsaine que les anglais nous régalent d’un humour cinglant bien à eux sur un sujet rebattu par l’actualité. Well, on attend toujours.

Attention, je vais rigoler!

Attention, je vais rigoler!

Cette comédie qui se voulait grinçante nous bombarde d’effets scénaristiques dont la mise en shuffle ne fait malheureusement grincer que nos pauvres dents, à défaut de nos zygomatiques. C’est parfois amusant, souvent ennuyeux, et tout à fait prétentieux que de se dire vouloir donner un coup d’inventivité à la comédie matrimoniale quand on ne fait vraisemblablement qu’en réutiliser les codes les plus rabâchés. Et dire que Dan Mazer est le co-auteur de Borat. Tristesse.

Pourtant, je suis une française qui aime la perfide Albion, et qui se délecte de ses comédies cinglantes dans lesquelles la société et ses bonnes moeurs en prennent pour leur grade. J’aime même le pudding, les After Eight et Quatre mariages et un enterrement. On ne peut pas faire moins difficile.

Ce matin, la séance de 9h20 des Halles était paradoxalement pleine de promesses: un ciel sans pluie, un trottoir sans crottes, une salle anormalement fréquentée à une heure où les honnêtes gens devraient se trouver plantés les yeux bouffis devant la machine à café de l’open space, et aucun mâchouilleur de popcorn en vue. L’équation parfaite.

Je m’excuserais presque auprès de Judd Apatow dont j’ai qualifiée la comédie 40 ans: mode d’emploi de 2h44 de bienséance américaine. Car au moins, on y riait franchement devant les pitreries de personnages sympathiques. Mariage à l’anglaise, en comparaison, nous oblige à passer 1h37 en compagnie de protagonistes envers lesquels on ressent une furieuse envie de foutre une bonne baffe. Les acteurs font pourtant de leur mieux pour leur sauver la face, mais leur talent ne parvient pas à les sortir de l’impasse.

Nat (Rose Byrn) et Josh (Rafe Spall) viennent de se marier après 7 mois d’une relation sans nuages (ce qui aurait déjà dû me mettre la puce à l’oreille, on est en Angleterre). Leurs proches leur donnent tous moins d’un an avant de divorcer, ce qui fait hausser les jolies épaules des deux tourtereaux. C’était sans compter l’ex omniprésente (Ana Faris), le client top model (Simon Baker), les disputes autour de qui descend la poubelle et des goûts musicaux divergents. Vous avez l’impression de lire le pitch d’une comédie vue une dizaine de fois? C’est normal.

Il pleut sur la ville comme il pleut sur mon coeur

Il pleut sur la ville comme il pleut sur mon coeur

Je vous épargnerai le compte-rendu des réunions de famille – forcément pénibles -, ainsi que le dénouement de ce chassé-croisé amoureux – pas du tout attendu. J’ajouterai qu’il est fort regrettable que Dan Mazer se soit limité à inventer 3 ou 4 jokes qui donnent un point de côté au spectateur à force d’être running. Les personnages principaux, dans la même veine répétitive, souffrent d’une caractérisation linéaire à l’image du scénario qui finit par les rendre proprement exaspérants. Il est révélateur que la scène qui fasse le plus rire est celle où une colombe se fasse hacher par le ventilateur d’une salle de réunion lambrissée et tombe raide morte devant la princesse effarouchée qui se fait à ce même instant chier dessus par le deuxième volatile. Heureusement qu’il y a des animaux dans le schmilblick.

Cette critique cruelle mesure certainement la hauteur de la déception vécue – après tout j’avais mis mon réveil à l’aube pour l’occasion -, et souffre certainement d’une part de subjectivité bafouée. Néanmoins, autant j’aurais certainement apprécié regarder Mariage à l’anglaise un dimanche après-midi pluvieux sur M6, autant j’ai amèrement regretté n’avoir finalement pas opté pour un des autres films à l’affiche.

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