Mud – sur les rives du Mississipi, de Jeff Nichols

seau popcornseau popcornseau popcornseau popcorn    Sous la boue, le film. 

Image exclusive du remake asiatique

Image exclusive du remake asiatique

Ceux qui ont vu le précédent film de Nichols, Take Shelter, risquent de trouver celui-ci moins spectaculaire, mais il s’agit là d’un défaut qui n’en est pas un. Si Mud paraît par moments ralenti (hyper actifs s’abstenir), comme écrasé par la langueur du bayou américain, c’est pour mieux épouser le rythme et l’accent traînant des rives du Mississipi. Autant oublier les vibrations stressées de son portable dans sa poche et se laisser gentiment entraîner sur ces flots boueux (mud=boue en anglais, ne cherchons pas le jeu de mot vaseux).

Cette région à l’identité si particulière inspire décidément de grands films. Mud succède aux Bêtes du Sud Sauvage sans aucun risque de noyade. Cette Amérique profonde-là révèle une cinégénie frappante mise en valeur par une caméra lumineuse dont il ne fait aucun doute qu’elle s’inspire de l’oeuvre de Terence Malick*. Ode à la nature comme aux hommes qui l’habitent, la mise en scène de Nichols lie intimement la narration au décor qui l’entoure. Des hommes d’ailleurs très soigneusement castés par le réalisateur. Buriné et animal, Matthew McConaughey (Mud) crève littéralement l’écran aux côtés des deux enfants du film (dont Tye Sheridan dans le rôle d’Ellis). Même les seconds rôles, dont Reese Witherspooon (Juniper) en séductrice fragile aux jambes bien bronzées, occupent une place incontournable dans le monde de Mud, dont on a peine à croire qu’il n’existe pas vraiment.

Ellis et Neck ont quatorze ans et ont grandi sur les rives du Mississipi, dans un milieu rude et modeste qui s’est adapté au rythme du fleuve. Lors d’une excursion sur une île du bayou, ils font la rencontre de Mud, un homme solitaire et fascinant qui va les entraîner dans sa propre histoire et les aider à grandir à vitesse hors-bord.

Véritable conte où réalisme frappant et poésie se croisent sans cesse sans s’endommager, Mud surfe sur un scénario fignolé aux petits oignons dont la dramaturgie assez classique et un déroulement qui par moments frôle l’arrêt sont en permanence rattrapés par l’esthétisme de l’image et de l’interprétation.

Un vrai moment de cinéma, parmi ce que les américains savent faire de mieux, qui nécessite pourtant de laisser derrière soi le réflexe bien connu du klaxon parisien (et donc d’accepter de démarrer 2 secondes après que le feu soit passé au vert).

On est raccords sur les tons couleur "boue"

On est raccords sur les tons couleur « boue »

* Terence Malick, filmographie sélective:

  • La balade Sauvage (1973)
  • Les moissons du Ciel (1978)
  • Tree of Life (2011) et A la Merveille (2013) ont peut-être bénéficié d’un peu trop de lexomil pour être cités ici comme références.

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