No, de Pablo Larraín

seau popcornseau popcornseau popcorn   Claro que si, il y a eu un avant et un après de la publicité

Le No de Pablo Larraín retrace la conception de la campagne électorale, basée sur les codes de la publicité, qui a entraîné en 1988 la chute du tristement célèbre dictateur chilien Augusto Pinochet. Enfant de la dictature, le réalisateur démontre une fois de plus* combien il est difficile de guérir des blessures infligées à un peuple tout entier, en livrant un film dans lequel l’ironie en couleurs masque à peine une douleur et une rancoeur encore bien présentes.

Ah on était libre en pub à l'époque!

Ah on était libre en pub à l’époque!

 René Saavedra, alias Gael García Bernal, jeune publicitaire aux dents et cheveux longs, est approché par les partis dissidents de gauche pour les aider à réaliser une série de spots publicitaires de 15 minutes en faveur du « non » au référendum que Pinochet s’est vu contraint d’organiser sur sa propre présidence. Petit hic, le Chili à cette époque ne connaît pas la liberté de penser, et s’acoquiner aux partisans du non revient à s’exposer à des représailles de la part des dirigeants. Qu’importe. René veut réussir et sait qu’il peut accomplir ce pari fou que représente le retournement de l’opinion publique. Vamos compañeros, vamos a crear una campaña que se parezca a una publicidad Coca-Cola. Son engagement, plus carriériste que politique, va rapidement gagner en profondeur, sans que cela ne l’empêche de vendre de l’opinion publique comme une boîte de biscuits ou une nouvelle marque de lessive.

Les mots d’ordre de René: code couleur, joie, blagues et campagne fondée sur l’humour. Difficile de convaincre des responsables politiques et des militants animés par la hargne de la vengeance et de la dénonciation des crimes de la dictature. Tututut, René trouve l’inspiration en jouant avec le train électrique de son fils Simón, et truffe ses spots de comédiens souriants et sautillants sur l’hymne arc-en-ciel du non: « Chile, la alegría ya viene » (Chili, la joie approche).

Il a beau être mexicain, il joue bien le chilien

Il a beau être mexicain, il joue bien le chilien

 Tensions politiques et personnelles viennent rythmer ce film porté par des comédiens excellents, dont un García Bernal juste et dense, et marqué par le choix assez surprenant d’une mise en scène « d’époque », l’image proposée possédant ce grain et cette texture propre aux images d’archives. Le spectateur plonge dans les années 1980 comme les fanatiques de Mad Men parviennent à revivre le New York des années 1960. On y est. Et toujours dans l’univers de la publicité.

Habilement pensé malgré un argument parfois trop linéaire, le scénario de No nous entraine dans une aventure humaine qui se construit presque sur le mode de la série, à travers une succession d’épisodes qui gagnent toujours plus en émotion et en suspens, ralliant à sa cause des spectateurs qui s’échauffent et s’impliquent inexorablement dans l’histoire racontée. Si on regrette que le démarrage conserve quelque tiédeur et certaines séquences une certaine langueur, cette position attentiste est rapidement dépassée et transformée par la logique propre à l’univers du film, un univers dense, cohérent et passionnant. 

Pablo Larraín nous permet en quelque sorte de nous offrir une leçon d’histoire et de politique mâtinée d’esprit documentaire dont on oublie qu’elle n’est finalement qu’une anecdote savamment concoctée. Une façon personnelle et profondément humaine d’avancer dans son travail de deuil et de refuser l’oubli qui guette des épisodes historiques que beaucoup préféreraient occulter. 

* Filmographie sélective de Pablo Larraín:

  • Tony Manero (2008)
  • Santiago 73, Post Mortem (2010)

3 réflexions au sujet de « No, de Pablo Larraín »

  1. Hum, j’hésitais à voir ce film, me voila convaincu!

    Victime de l’esprit du temps, j’aurai suggéré une notation des films (en portions de popcorns ?) pour que soit assouvie notre besoin d’obéissance… Mais en fait non, c’est rafraîchissant un blog de cinéma qui ne tente pas d’objectiver le post avec une note : ça laisse le choix au spectateur d’y aller vierge de toute attente.

    Sur ce, je certifie ce blog avec 5 portions de popcorns sur 5!

    • Queridos compañeros, j’ai presque honte de l’avouer maintenant mais il y a bien un système de notation chez le Popcorn Choice. Difficile en effet de s’extraire de la norme – mais comment signifier de manière plus efficace son avis aux lecteurs flemmards qui ne vont pas jusqu’au bout de la critique?

      Con amistad.

  2. Choukrane pour cette critique.

    Comme je disais à mamie, et peut-être pas suffisamment porté sur la sous-culture marketing (avec un grand « ing »), je n’ai perso pas vu la com/pub et son lien avec le politique comme le sujet central du film, mais plutôt comme le révélateur du coeur du machin, qui serait les liens ambigus que tisse une population avec sa dictature. Une litote?

    Je trouve que c’est en tout cas une façon fort légère et ravageuse de te mettre la tête dans les toilettes de ta condition et de te rappeler que t’as beau faire le coq sur ton tas de principes du dimanche après-midi avec Drucker, dans la vraie vie tu t’accomodes très bien d’une dictature qui fait mal pouvu que ta gamine aille à l’école et que tu fasses plus la queue au magasin.

    Enfin bon, surtout quand t’es chilien quand même parce que c’est pas chez nous que ça arriverait, inch’allah.

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