Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn

seau popcorn

A trois, je te coupe le bras! 1… 2…

Y en a qui ont oublié de réviser leurs classiques

Y en a qui ont oublié de réviser leurs classiques

Only God Forgives appartient à ce type de film qui divise complètement les foules. Le bon point, c’est qu’il ne laisse personne indifférent. Le mauvais point, c’est que le Popcorn a choisi de s’allier au camp des méchants. Let’s fight.

Après le succès pour ma part déjà largement survendu de Drive, son réalisateur pousse le plan esthétisant et le ralenti anxiogène au rang de dialogue. Résultat, Ryan Gosling se retrouve avec cinq pauvres lignes de texte qu’il se fera un plaisir d’ânonner en prenant la pause. Je donnerais cher pour voir la tête du producteur en recevant un scénario de 15 pages. Plus étonnamment, la très distinguée Kristin Scott Thomas en mère vampirisante peroxydée constitue LA bonne surprise du film. Il en fallait bien une.

Julian (Ryan Gosling) et son frère Billy vivent à Bangkok entre gestion d’un club de boxe thaï et des trafics en tout genre. Lorsque Billy se fait tuer après avoir agressé une thaïlandaise, sa mère débarque et déclenche les Furies (les drames grecs ont apparemment traumatisé l’élève Winding Refn au lycée), déterminée à retrouver et à éliminer l’assassin de son fils aîné chéri (qui, comme elle le précise elle-même, est doté d’un pénis bien plus énorme que celui de son fils cadet). La lionne cagole est alors loin de se douter qu’elle s’affronte cette fois-ci à un ennemi bien plus tranchant que les autres. Attention chéri, ça va couper. 

Only God Forgives représente une sorte de monstre hybride tout droit sorti des univers les plus sombres d’un Wong Kar Waï et d’un Tarantino, saupoudré d’une dose girly à la Sofia Coppola. Les allergiques aux lumières tamisées et lampions rouges dragonisants se feront un devoir d’éviter le film s’ils ne veulent pas se ronger les ongles jusqu’à l’os. Les phobiques de l’amputation et du sang qui gicle en faisant le bruit d’une pom’pote écrasée également. Quant à ceux qui ne supportent pas les travelling ni les oedipes mal réglés, je leur conseille vivement de passer leur chemin.

Mon Dieu c'est horrible! Je vois tout en jaune!

Mon Dieu c’est horrible! Je vois tout en jaune!

Pourtant, ce film aborde des thèmes hautement cinégéniques, de la relation mère-fils incestuo-haineuse au rapport trouble qui lie Orient et Occident. Maîtres chez eux, les thaïlandais de Nicolas Winding Refn sont à des années lumières des gentils masseurs aveugles du Wat Pho, et tiennent férocement à le faire savoir. Mais un sujet ne fait pas un film. Bien au contraire, bien trop obnubilé par la photographie, la noirceur dramatique de son tableau et la bande-son toujours aussi efficace de Cliff Martinez, Nicolas Winding Refn oublie que le style n’est rien s’il n’est pas incarné.

Le pire dans tout ça, c’est que Only God Forgives ne provoque pas ce sentiment jouissif de détestation qui permet au critique de passer un bon moment de haine libératrice. Se désirant radical et choquant, ce film rate deux fois son coup en ennuyant carrément.

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