Queen of Montreuil, de Solveig Anspach

seau popcornseau popcorn       Tu préfères avoir un phoque suicidaire dans ta salle de bain ou une famille d’islandais déjantés sur ton canapé?

Proverbe jamaïcain: « When a woman has overcome the death of her husband, she will be queen. » Et Queen de Montreuil, dernier refuge de la coolitude parisienne décontractée, ça peut envoyer du lourd. Madame est servie.

A Montreuil City, sous les pavés la plage

A Montreuil City, sous les pavés la plage

 Une jeune femme (Agathe) revient de l’aéroport avec les cendres de son mari Laurent, bêtement décédé à l’étranger. La solitude redoutée prend alors toutes les apparences de l’envahissement massif. Car l’accompagne également sans vraiment lui demander son avis un drôle de couple croisé à l’aéroport, une mère islandaise et son fils, coincés à Paris par la faillite de leur compagnie aérienne. La mère, fumeuse d’herbe jamaïcaine et poète burinée, s’installe dans la grue qui surplombe le quartier. Ulfur, le fils, se prend de passion pour Fifi, une phoque abandonnée dans le zoo de Vincennes qu’il finit par installer dans la baignoire d’Agathe, elle-même sans cesse sollicitée par ses voisins, de l’amoureux transi au chômeur guitariste qui chantonne le désormais fameux « certes, certes, je n’ai pas de boulot, mais on se nourrit très bien, avec des légumes« . Lalalala. Et file-moi 6 euros pour acheter des clopes.

Solveig Anspach a apparemment ouvert sa boîte à idées et y a pioché des cartes: phoque, grue, urne, robe de mariée, joint, lavomatic, skype, Jamaïque, pôle emploi, transsexuel. La règle du jeu: construire une histoire à partir de tous ces éléments. Voilà qui est joliment fait. Avoir de l’herbe sous la main peut aider; heureusement qu’à Montreuil le terrain y est propice: on peut en « buy it » à tous les coins de rue.

Le premier, qui rira, aura une tapette

Le premier, qui rira, aura une tapette

 Ce conte moderne tendre et farfelu sur le thème du deuil, de l’amitié et de la solidarité s’épanouit à travers la petite tête brune d’oisillon déboussolé de Florence Loiret-Caille (Agathe) et les traits sauvages d’Anna l’islandaise (Didda Jonsdottir). Une imagination fantasque et délicate qui ne parvient pas totalement à trouver son rythme de croisière ni une densité suffisante pour soutenir l’ensemble du film. Quitte à verser dans le décalé, autant y aller carrément. Même si la trouvaille de la réincarnation du mari dans le peau de Fifi, – ou comment faire son deuil en sauvant un phoque (un processus tout ce qu’il y a de plus normal) – nous réjouit complètement.

Un film simple, absolument pas prétentieux et bourré de charme mais qui manque d’un peu de poigne pour enlever le morceau, tout le contraire d’un Cloud Atlas (ça faisait longtemps, je n’ai pas pu résister à l’envie d’une dernière petite pique).

Quitte à sortir mitigé, tu préfères t’ennuyer pendant 2h45 et avoir l’impression d’être passé dans la machine à laver d’une secte évangéliste, ou observer un joli petit morceau de 87 minutes d’humanité et de poésie? Je vous laisse choisir.

faut faire des choix dans la vie

faut faire des choix dans la vie

Une réflexion au sujet de « Queen of Montreuil, de Solveig Anspach »

  1. quel talent ! vos critiques éclairent mes déambulations cinématographiques du matin. Merci ! un vrai plaisir ce regard neuf, distancié et honnête sur le cinéma

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