Spring Breakers, de Harmony Korine

seau popcornseau popcornseau popcorn  Le popcorn à poil(s) et à sang (chaud)

La personne qui vous parle est allée voir Spring Breakers un dimanche matin. Aïe-euh. Autant vous dire que ça pique.

Vodka, drogue et bronzette, ça fait mal à la tête

Vodka, drogue et bronzette, ça fait mal à la tête

 Il était une fois quatre jeunes et jolies américaines qui s’ennuyaient dans leur petite vie d’étudiantes de province. Un beau jour, consternées de ne pas posséder suffisamment d’argent pour aller se taper un coma éthylique avec les autres spring breakers* et breakeuses, elles décidèrent de braquer un fast-food pour se le procurer. C’est vrai quoi, y a pas de raison que les autres s’amusent et pas nous. Ce voyage pavé d’alcool, de drogue et de paires de seins tressautants au rythme de la techno locale était censé posséder les mêmes vertus initiatiques et existentielles qu’un pèlerinage à la Mecque, qu’une retraite dans le désert ou qu’un road trip en compagnie de Jack Kerouac. On vous laisse juges.

Il y a Faith, la brunette amie de Dieu qui aime bien s’amuser mais pas trop quand

On a froid aux fesses avec un bikini dans une cellule de dégrisement

On a froid aux fesses avec un bikini dans une cellule de dégrisement

 même (merci Selena Gomez, miss Disney), il y a Britt et Candy, un véritable incendie au derrière à elles deux (merci les autres Miss Disney), et il y a Rachel Korine, femme-enfant épouse du réalisateur (oui, Harmony est un homme), qui envoie valser ses cheveux roses dans la caméra de son cher et tendre. Ces quatre bimbos échappées de la garderie vont faire la rencontre d’un caïd local (un James Franco dont on ne pourra plus jamais dire qu’il est classe et sexy), cristallisateur de leurs fantasmes comme de leurs peurs les plus folles. Tous interprètent leurs rôles de perdus avec un brio couleur fluo qui tire le film vers le haut.

Sachez-le une fois pour toutes: ce Spring Breakers là se situe à cent mille lieux d’un American Pie ou d’un Very Bad Trip. Ce n’est ni drôle, ni niais, ni gentillet. Trash, cru et gueule de bois le caractériseraient bien mieux. Au point que l’on se demande si l’interdiction destinée aux moins de 12 ans suffit, et comment, comment, -ciel!-, les mignonnes créatures façonnées par Disney ont pu sombrer à ce point dans la débauche. Ce qui fait presque plaisir soit dit en passant.

Car le sujet se situe bien là, dans la démonstration éclatante d’une débauche sans limites et surtout totalement vide de sens, magnifiquement absurde, d’une jeunesse en pleine décomposition. Et c’est bien ce qui confère toute sa valeur à cette réalisation: elle ne propose aucune interprétation de ce phénomène de société, et montre simplement à voir, avec une crudité bienvenue. Car toute tentative de dramatisation, de jugement ou d’enrobage prude, en faisant du spring break une problématique digne d’intérêt narratif, aurait condamné le film.

Si la première moitié de ces 92 minutes a tendance à tourner un peu à vide, la seconde la rattrape par une construction dramatique qui ne va pas là où on l’attendait avec notre rictus de critique prêt à bondir. La mise en scène, hachée, entrecoupée de plans au ralentis dignes de clips de RnB pur jus, un peu fatigante il est vrai (le coup du dimanche matin n’a certainement pas dû aider), offre l’avantage de rythmer le film avec un punch qui nous évite de devoir passer par la case cocaïne.

Spring Breakers nous surprend donc en proposant une nouvelle réflexion acide sur la jeunesse et la société américaine, un regard critique trop rare qui donne pourtant souvent de belles réalisations. L’avalanche d’images violentes, crues et submergées par une bande- son aggressive risque cependant d’en rebuter certains. Difficile de leur en vouloir.

* Spring break: « Son but est officiellement de permettre aux étudiants de s’avancer dans leurs travaux et aux enseignants ou professeurs de corriger les copies. Les élèves n’ont normalement jamais de devoir et profitent de cette semaine pour se relaxer et voyager(…) » Source: Wikipedia

 

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