Suzanne, de Katell Quillévéré

Mater les mecs qui passent, un hobby familial

Mater les mecs qui passent, un hobby familial

***     Suzanne, Maria et leur petit papa

Suzanne est un très bon film, et pas seulement parce qu’il compte François Damiens à son casting! Les trois personnages principaux, un père (François Damiens) et ses deux filles Suzanne (Sara Forestier) et Maria (superbe Adèle Haenel), forment un trio d’exception, interprété par des acteurs percutants de densité et de justesse. On regrette d’ailleurs que son titre ne leur fasse pas tout à fait suffisamment hommage.

Le duo féminin formé par les deux sœurs frappe particulièrement les esprits : une alchimie résultant certainement du subtil mélange entre talent, présence et émotion, tout cela ficelé dans un scénario sensible bien que parfois trop présent. Ses ellipses chronologiques lui permettent ainsi de bien choisir ses sujets, sans pathos surfait, mais pas toujours d’échapper à la linéarité, sorte de gimmick scénaristique. Si certains ressorts dramatiques paraissent ainsi parfois comme tombés du chapeau, la qualité de l’ensemble permet au film de soutenir ses 1h34 sans faillir, nous entraînant dans la spirale affective de cette famille à la fois totalement soudée et brusquement atomisée.

La grosse classe camionneuse de François Damiens

La grosse classe camionneuse de François Damiens

François Damiens, routier de son état, élève seul ses deux filles depuis la mort précoce de sa femme. Les deux enfants grandissent, inséparables et différentes. Impulsive, incontrôlable, Suzanne devient mère-fille à dix-sept ans, agrandissant la communauté familiale de son fils Charlie. Et c’est de la même façon animale, comme instinctive, à la fois égoïste et entière, qu’elle décide quelques années plus tard de suivre en cavale son petit ami (Paul Hamy), abandonnant sœur, père et enfant. Sa personnalité filante, violente et attachante, trouve un soutien sans faille dans l’amour que lui porte sa sœur Maria, une inconditionnalité qui l’exonère de ses fautes jusqu’à ce que l’irréparable ne lui permette plus la fuite. Il aura fallu le drame le plus terrible pour parvenir à stopper la folie douce de Suzanne…

La réalisatrice signe ici un drame familial intimiste et sensible, et en jouant avec délicatesse avec nos émotions, emporte l’adhésion attendrie d’un public tout prêt à se laisser charmer. A voir notamment pour la performance de Sara Forestier et d’Adèle Haenel, solaire.

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