Sin City : J’ai tué pour elle, de Frank Miller & Robert Rodriguez

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*   *    Attention chérie, ça va trancher 

je vous chie dessus les mecs

je vous chie dessus les mecs

Il n’y a rien à faire, Sin City, plaisir coupable, provoque toujours un mélange d’excitation fébrile et d’horreur potache. Cela provient sans doute des lap dances de Nancy (Jessica Alba), des narrateurs à la voix grave, dépressive et sexy, des têtes coupées et des yeux arrachés qui jaillissent partout comme des balles de ping pong à travers l’écran en noir et blanc, en gros splashs fluos. Sin City, roman graphique par excellence, est à l’origine d’adaptations cinématographiques tout aussi exigeantes, modèle d’un nouveau genre d’image, entre BD, réalisme et modélisation 3D.

même pas mal

même pas mal

Si l’image est belle, le contenu narratif de ce second opus est bien moins réussi. Une fois encore, 3 histoires se mêlent, suites logiques des péripéties du premier volet. Celle qui met en scène le jeune Johnny (Joseph Gordon-Levitt), joueur chanceux venu défier l’affreux sénateur Roark, possède la plus belle intensité. Quant à Nancy, la danseuse de cabaret, elle ne vit plus que dans le souvenir vengeur de son amour perdu, John Hartigan (Bruce Willis). Heureusement que Marv (Mickey Rourke), brute épaisse au grand coeur, est toujours là pour la tirer d’affaire. Dwight (Josh Brolin), pour sa part, lutte dans la toile vénéneuse de son grand amour, la belle et mortelle Ava (Eva Green). Il peut toujours compter sur le soutien sanglant des filles de la vieille ville…

une mante religieuse d'une nouvelle espèce

une mante religieuse d’une nouvelle espèce

Le casting est alléchant, les femmes qui le peuplent aussi. Sin City : J’ai tué pour elle fait une fois encore la part belle à la gent féminine, spectaculairement mise en valeur, à la fois victime et ange vengeur des péchés qui souillent la ville. Mais il manque à l’ensemble un souffle suffisamment palpitant. Est-ce la facilité de la suite, le manque d’homogénéité entre les parcours croisés racontés? Difficile de dire où s’est édulcorée l’âme qui corsait le film, mais le résultat est un peu trop saccadé. Oui, visuellement, on en ressort une fois encore estomaqué. Dramatiquement, on aurait souhaité que les péripéties épousent plus étroitement les courbes affolantes des femmes vengeresses et le débit incontrôlable du sang qui jaillit. Là, une étrange tiédeur s’empare du spectateur qui aurait pourtant dû en ressortir les mains moites et le coeur affolé. Rendez-vous au prochain numéro.

Transformers 4 : l’âge de l’extinction, de Michael Bay

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*  *  L’âge de l’extinction : on n’aurait pas pu mieux le dire 

Nota Bene pour les fans de la saga qui risquent, peut-être, de lire cette brève critique : Transformes 4 est mon premier Transformers. Il n’y a donc aucune référence aux précédents opus. Cette séance a été la séance du dépucelage robotique. Instant de grâce ou moment d’intense souffrance ? Mieux vaut lire la suite pour le savoir.

Une scène de Matrix x'est glissée dans le film : saurez-vous la reconnaître ?

Une scène de Matrix s’est glissée dans le film : saurez-vous la reconnaître ?

Revenons donc au film. Le néophyte, ou plutôt LA néophyte, ne peut s’empêcher de ressentir un sentiment attendri devant ce gros déballage de fantasmes enfantins : des robots géants qui se transforment en voitures de course et cassent tout sur leur passage, le pied. Les jouets Kinder ont encore des progrès à faire. D’ailleurs, la saga Transformers vient à l’origine d’une ligne de jouets japonais. Transformée en BD. Puis en dessins animés. Puis en jeux vidéos. Puis en films. Puis…  Il y a absolument de tout là-dedans, des robots, bien sûr, des voitures et gros camions, également, mais aussi des filles avec de belles jambes, de l’humour potache, des dinosaures, la CIA, une bombe extraterrestre, Hong Kong réduite en poussière, des aliens très très méchants, de bons sentiments à la pelle, la naissance d’une belle amitié humano-autobot, mais waaaou !! Ici, le cliché acquiert la valeur suprême de référence : forcément, c’est ce qu’attendent les gens. Cette bêtise bruyante, reconnaissons-le, possède un certain côté jubilatoire : enfin, on va pouvoir arrêter de se fatiguer.

Tourisme à Hong Kong

Tourisme à Hong Kong

Vous l’aurez compris, on ne peut pas dire que Michael Bay, grand spécialiste des bons gros films américains, pour le pire comme le meilleur, ait choisi la voie de la nuance. Certes, ce n’est pas ce qu’on lui demande avec Transformers. D’ailleurs, il faut reconnaître que les effets spéciaux sont pour beaucoup stupéfiants et permettent au film, très long (2h46), de garder un rythme haletant. Les dialogues, souvent sur-écrits, offrent quelques instants de grâce et de rigolade, mais la plupart tombent sur l’estomac comme un bon gros cassoulet.

La gentille famille texanne qui sauve le monde

La gentille et photogénique famille texane qui sauve le monde

Une fois arrivés là, et pris malgré soi dans le total délire visuel et sonore qui se produit à l’écran, on en vient à se demander quelle est l’intrigue principale de tout ça. Parce qu’il y a des méchants carrément nombreux aux objectifs différents, des gentils qui passent leur temps à prendre des baffes et à s’en relever, un chef Autobot, Optimus Prime, dont on saisit mal le destin de sauveur de l’humanité, mais qui paraît être le successeur métallisé d’Arthur et les Chevaliers de la Table (Vaisseau spatial) ronde, et une fin tellement ouverte sur un numéro 5 que c’en devient énervant. La 3D, catapultée dans ce décor foisonnant d’étincelles, de missiles, de court-circuits et d’explosion d’immeubles, ne sert plus à grand-chose. Seuls, peut-être, les personnages interprétés par Mark Whalberg (Cade, le bon père de famille looser célibataire comme on les aime) et Stanley Tucci (Joshua, l’inventeur mégalo-psychopate-mais-qui-en-fait-a-un-bon-fond) permettent au spectateur de se retrouver quelque part dans cette histoire.

Ceux qui attendent de Transformers 4 de s’en prendre plein la gueule risquent donc d’être servis. Mais pas toujours dans le bon sens.

PS spoiler : A la fin, l’humanité s’en sort.

Adieu au langage, de Jean-Luc Godard

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*  Adieu, Jean-Luc

Dire adieu au langage, c’est apparemment réaliser un film dont l’absurdité n’a plus aucun sens, ne vous emmène nulle part si ce n’est dans l’ennui et une agression visuelle et sonore constantes; c’est, pour résumé, produire un objet vide de sens qui, inévitablement, ne peut, et ne veut, rien dire. Au spectateur, Godard ne dit plus rien : adieu, au langage. 

prise au piège, comme vous

prise au piège, comme vous

Vous êtes là, assis dans votre fauteuil, vos lunettes 3D sur le nez, et vous vous dites, « ce n’est pas parce qu’on utilise de la 3D à son âge – 84 ans – que l’on est un révolutionnaire ». S’il l’est toujours, révolutionnaire, c’est dans cette totale intention anti-narrative, ça oui, ça nous change, pas de storytelling, pas d’entertainment, de l’image, du son, de la go pro et de l’instagram, des aphorismes rédhibitoires, des allusions à la Seconde Guerre Mondiale, une femme nue, un homme nu, un chien qui court, des coupes nettes, attention chérie ça va trancher. Le concept, comme on le voit, est roi. De la branlette intellectuelle mixée de prouesses technologiques. Et en cela, oui, Jean-Luc Godard s’éclate. Mais nous dire adieu, c’est également nous rabaisser au rang de celui qui ne peut pas comprendre.

ciao

ciao

L’imbécile heureux, quoi. En peaufinant son message, Godard nous perd pour de bon. Le dévouement artistique à sa propre cause peut entraîner aussi loin que la solitude volontaire la plus complète. Rien à foutre de vous, des autres. Adieu au langage, si elle n’avait pas été estampillée Godard, aurait certainement constitué une superbe vidéo d’installation d’art contemporain imbitable, dans une petite salle noir et blanc carrée d’un musée huppé. Et si le Festival de Cannes lui a décerné son prix du jury, c’est, peut-être, pour transformer un affront en hommage gêné, à celui qui est, qui fut, un très grand réalisateur. Adieu.