Les chèvres de ma mère, de Sophie Audier

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* *  Dans un monde rural en panne d’inspiration, le bonheur est dans le pré,        et les difficultés, dans les modalités de prêt                

Heidi collection mai 68

Heidi collection mai 68

Plateau de Saint-Maymes, Gorges du verdon. Paysage lunaire distrait par les bêlements des chèvres de Maguy. Citadine conquise par les préceptes de mai 68, Maguy vit depuis 30 ans de son troupeau de chèvres et de ses fromages moulés à la main. Au moment de passer la main, deux épreuves s’imposent à elle : la formation d’une jeune agricultrice désireuse de reprendre l’exploitation, Anne-Sophie, et la cruelle désillusion de la retraite. Sophie, la fille de Maguy, filme les états d’âme et le travail de transmission et de deuil qui s’opère entre cette femme âgée au caractère bien trempé et une jeune femme désemparée devant les pièges des demandes de subventions.

Ne serait-ce que par ce qu’il donne un nouvel éclairage au métier souvent considéré comme désuet d’agriculteur et d’éleveur, ce documentaire tendre et familial vaut le coup d’oeil. Ainsi que s’est écrié un spectateur nostalgique, dans la salle : « Ah ça, on ne se croirait pas en 2014! ».

2013, l’année de la fin du film, c’est le règne de la paperasse administrative et des calculs de rentabilité. Certes, l’administration promet une aide substantielle à Anne-Sophie, mais, cherchez l’erreur, uniquement lorsqu’elle se sera déjà installée. Pas pratique pour lancer les investissements de démarrage.

2013, c’est surtout l’adieu aux armes de Maguy. Son troupeau, sa vie, ne forment qu’une seule et même entité: la séparation est sobre, mais néanmoins déchirante.

La retraite passe aussi bien que la mise à bas : aux forceps

La retraite passe aussi bien que la mise à bas : aux forceps

Dans Les chèvres de ma mère, Sophie, la réalisatrice, s’efface totalement pour donner à sa mère et à son fameux caractère toute la place. Résultat, on ne se sent pas tant témoin d’un devoir de mémoire familial mais bien plutôt  de la peinture d’une vie atypique. Une vie à laquelle l’absence de prosélytisme et d’ambition confère une signification bien plus vaste que le simple déroulement de l’histoire racontée. Comme paraît joliment s’en rendre compte Maguy à l’heure de s’effacer : « je crois que je n’ai jamais vraiment vécu dans la réalité. » Un propos à la fois humaniste et documentaire dont l’apparente légèreté risque cependant, sachez-le, d’en ennuyer certains qui ne possèderaient pas cette sensibilité. Un détachement renforcé par la posture de Sophie Audier. Elle se permet de ne pas aller au fond des choses, naviguant à la surface, comme si ce film était un devoir de vacances, un Polaroïd d’une époque, plutôt qu’un profond travail de compréhension.