Blue Jasmine, de Woody Allen

**  Dites au revoir à l’humour de Woody Allen

Depuis Match Point, on dirait bien que le pauvre Woody a perdu son modjo, n’en déplaise aux critiques parisiens bienpensants qui portent aux nues ce dernier film « parce qu’il parle de la crise et que ça c’est cool« .

Woody Allen

Je ne sais pas, je doute …

Bien que le sujet traité soit pile dans l’air du temps, et que le parti pris de départ paraisse alléchant, Woody Allen signe une critique sans humour dont le propos tourne en rond sans une once de ce cynisme qui fait son génie. Cate Blanchett, plébiscitée dans le rôle de cette riche new-yorkaise égocentrique abandonnée par son escroc de mari et ses rivières de diamants, joue fort bien la femme éplorée et dépressive, certes. Mais sa stature personnelle, bien trop proche du personnage qu’elle campe, vide le film de tout le véritable potentiel humoristique qu’il aurait pu atteindre en choisissant pour ce rôle une actrice à contre-emploi. Au lieu de quoi, Woody Allen nous bassine deux heures durant de la même scène démultipliée à l’infini (ou presque), provoquant un ennui profond trop rarement dissipé par quelques trouvailles scénaristiques.

Comme il le dit lui-même : « L’éternité c’est long, surtout vers la fin. »

Pour approfondir le sujet, lisez  sur RAGEMAG :

Blue Jasmine : triste comme un CSP+ en pleine crise

Ilo Ilo, de Anthony Chen

***     Singapour mon amour : pétage de plombs familial 

Ilo IloQue tous ceux qui rêvent de Singapour comme d’un nouvel Eldorado asiatique, pavé de salaires mirobolants et de carafes de mojitos les pieds bien au chaud dans leurs tongs, se détrompent. A travers ce petit conte familial et social apparemment sans prétention, Anthony Chen, Caméra d’Or au Festival de Cannes 2013, touche du doigt avec poésie un grand nombre des blocages qui gangrènent la société singapourienne et le monde occidentalisé dans son ensemble.

Les parents de Jiale, dépassés par leurs propres ennuis et la turbulence de leur fils, décident d’engager une bonne à tout faire, la Philippine Teresa. Catapultée dans un microcosme familial composé d’une mère enceinte et aigrie jusqu’aux dents, et d’un père mollasson en slip et savates, Teresa, dite Terry, apprend à ses dépens les revers d’une société qui a oublié les valeurs de partage et d’humanité pour se focaliser sur celles de la réussite sociale. La gentille esclave et le diablotin hyper actif vont finir par faire bloc contre l’aveuglement des « adultes », qui sombrent pour l’une dans les bras d’un gourou, pour l’autre dans le tabagisme et la lâcheté suintante (en slip, toujours).

La grande force de ce film, tout simplement, est de faire passer des messages et des émotions fortes sans en avoir l’air, d’en dire bien plus qu’il n’y paraît, doucement. Et malgré une première partie un peu poussive qui fait craindre le pire au spectateur coincé au milieu d’une rangée bondée, Ilo Ilo finit par charmer en dénonçant sans juger, et en filmant sans mater.

Ilo Ilo

kikoo!!!

N’oublions pas pour finir de remercier Ilo Ilo pour nous avoir rappelé le bon souvenir du Tamagotchi et de ses poussins électroniques, remplacés depuis par les lol cats et autres animaleries électroniques. Kui kui.

Hijacking, de Tobias Lindholm

seau popcornseau popcornseau popcorn                  Le piratage façon Danemark:                                                                                   le retour inattendu de la négociation par fax

Et pendant ce temps, la famille royale pouponne

Et pendant ce temps, la famille royale pouponne

Tobias Lindholm, scénariste de la série politique Borgen, met en scène dans un univers proche de la construction d’un épisode de série à suspens le détournement d’un cargo danois par des pirates somaliens. Ce double huit-clos, navire craspouille d’un côté, siège reluisant de la compagnie maritime de l’autre, embarque le spectateur dans 109 minutes de tractations financières et de pression psychologique rondement menées.

Car l’enfermement est double, et pas uniquement du côté des otages. Mikkel (Pilou Asbaek), cuisinier à bord du Rozen, est choisi par Omar, le négociateur, pour faire le lien avec le Danemark. De ce fait, il gagne une importance émotionnelle fondamentale dans la stratégie de négociation du PDG de l’entreprise, Peter (Soren Malling), décidé à porter l’affaire sur ses seules épaules. Obsédé par ses conversations erratiques avec Omar, qui téléphone ou envoie des fax sans aucune logique du timing, Peter s’enferme des mois durant dans son bureau, unique relais qui prouve que son équipage est toujours en vie.

Un équipage qui survit dans une minuscule pièce écrasée par la chaleur et les odeurs de ses déjections. Les pirates, éléments changeants et insaisissables, alternent courts instants de fraternité humaine et cruauté la plus élémentaire, plongeant les otages dans un état de stress psychologique qui tend vers la folie. Un processus qui se déroule presque à l’identique dans le bureau de Peter.

affiche-du-film-hijacking-10928127pfiemC’est d’ailleurs dans le choix de ce traitement, où la pression humaine et financière remplace l’air de rien les scènes d’action, dans cette construction en miroir entre terre et mer, et dans l’absence de misérabilisme ou d’effets larmoyants, que se situent l’originalité et la justesse de Hijacking par rapport aux films du genre. Un voyage solide et haletant dans lequel le spectateur s’embarque sans réfléchir et sort essoré. L’expérience vaut le détour ne serait-ce que pour mettre un visage et une émotion sur ce phénomène du piratage moderne dont les mentions journalistiques laissent de marbre un public qui peine à en imaginer la réalité.

Before Midnight, de Richard Linklater

seau popcornseau popcorn    L’échange franco-américain le plus long de l’année

couple

Des relations franco-américaines au beau fixe

Before Midnight sauve in extremis les meubles grâce au potentiel perçu derrière un scénario qui peine pourtant à trouver sa pleine expression. La crise de couple quarantenaire aux odeurs d’oliviers et de feta que traverse le temps d’une journée Jesse (Ethan Hawke) et Céline (Julie Delpy) embarque le spectateur dans un long chemin champêtre rythmé par l’ennui comme par l’identification de chacun à cette dialectique ancestrale qui sépare la logique masculine de la féminine.

L’interprétation de Richard Linklater des Hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus trouve dans ce troisième volet* un aboutissement au ralenti, parfois euphorique, souvent soporifique, qui semble se fatiguer lui-même. Les quelques réparties percutantes de ce scénario entièrement construit sur le dialogue s’effacent trop souvent au profit de la torpeur écrasante de l’été grec et d’images stéréotypés de vacances privilégiés à la Petits Mouchoirs.

couple

Tu sens bon darling

Julie Delpy perd dans ce film la fantaisie poétique qui fait le charme de ses propres réalisations (Two Days in Paris, Two Days in New York) pour ne garder que la crispation inhérente à la dispute de couple. Le sujet et ses expressions ont beau être universels, la largeur du public visé ne suffit pas à fédérer l’attention de tous. L’exercice, certes, est  périlleux : seule la longue dernière scène, qui cristallise ce qui coince vraiment dans les rapports à deux, parvient à doser ce qu’il faut de tension, de justesse et d’ironie pour justifier le film. Il était temps.

 

Oh Boy, de Jan Ole Gerster

seau popcornseau popcornseau popcorn   Le noir et blanc même pas chiant.

Je ne m'ennuie pas, non, je contemple. Nuance.

Je ne m’ennuie pas, non, je contemple. Nuance.

Un film en noir et blanc sur un jeune Berlinois qui déprime entre trois clopes et deux verres de vodka: présenté ainsi, Oh Boy fait triste figure. Pourtant, ce film néo-Nouvelle Vague nous colle des verres polarisants et fait même rire dans les chaumières. Un antidote en temps de crise.

Niko, jeune homme à la mèche ramollie, traîne ses savates désabusées dans un Berlin grisâtre. Après avoir largué sa copine, sa journée s’étire longuement entre rencontres improbables et scènes loufoques, dont le seul dénominateur commun, outre la présence du protagoniste, réside dans son incapacité à trouver du café. Ce rêveur nonchalant traverse une journée des plus éprouvantes dans l’absurde sans jamais craquer, témoin flegmatique des bizarreries de l’espèce humaine.

ohlalalala

ohlalalala

Outre la performance de l’acteur principal, Tom Schilling, cette comédie douce-amère est parsemée de seconds rôles remarquables, manifestations de l’imagination et de la finesse d’écriture du réalisateur et scénariste, Jan Ole Gerster. Entre le voisin dépressif, le psychologue névrosé, l’ancienne petite grosse, le père dénaturé et les jeunes alcoolisés, la galerie humaine du film justifie à elle seule le spectacle.

Fort heureusement, la tendresse et l’ironie de l’observation ne laissent jamais place au jugement et au discours moralisant, que ce soit à propos des références au passé nazi comme à celles des jeunes inoccupés. Des crises, certes, propres à chacun, mais la crise, la grande, non. La fantaisie sauvera le cinéma.