R, de Tobias Lindhom et Michael Noer

* * *   Le film de prison qui ne fait pas dans la dentelle

L'occasion unique de voir le spin doctor de Borgen à poil

L’occasion unique de voir le spin doctor de Borgen à poil

R pour Rune (Pilou Asbaek), est un jeune danois enfermé pour deux ans dans la prison des durs, des musclés et des tatoués. Dès le premier jour, ça ne loupe pas : Rune se fait bizuter et instrumentaliser par le petit (mais costaud) groupe de caïds de son étage. Quoiqu’il fasse, il est de toute façon coincé. Animé par un instinct de survie assez compréhensible, il se prête au jeu, jusqu’à en devenir trop malin. Un défaut qui en prison ne pardonne pas.

Tobias Lindholm, scénariste des excellents Borgen et de La Chasse, également réalisateur de Hijacking, cosigne R avec Michael Noer. Il emploie avec dextérité son acteur fétiche, Pilou Asbaek, et sa belle maîtrise de l’image. Une mise en scène réaliste, précise et intelligente, qui ne s’appuie pas sur un scénario étoffé, mais bien plutôt sur la prison elle-même. Car si l’histoire peut ainsi paraître légère, voire anecdotique, c’est dans l’optique volontaire – du moins on l’espère -, de permettre à la prison elle-même de s’imposer comme le personnage principal du film.

Car étrangement, le réalisateur n’a pas doté Rune de l’empathie nécessaire pour faire de son film un grand moment dramatique, larmoyant et traumatisant. Au contraire, en faisant de son personnage un simple élément du décor, il se permet de transformer de la fiction en documentaire… à moins qu’il ne s’agisse du contraire ?

Regarder ses pieds, une excellente idée

Regarder ses pieds, une excellente idée

R comporte certes des scènes difficiles, qui ne laissent guère d’espoir quant au fantasme d’une prison empreinte d’humanité, mais il garde la décence de l’absence de jugement apparent. Au spectateur de choisir quel sens il désire y donner. Si l’attente se situe dans une comparaison narrative et dramatique avec un film de prison de l’acabit d’Un prophète de Jacques Audiard, il risque d’être déçu. S’il se laisse par contre porter par ce coup d’œil indiscret au sein d’un pénitentiaire ordinaire, sans imagination et donc sans grande fiction, le voyage vaudra certainement le détour.

Vrai-faux spoiler : plus jamais je ne mangerai de Kinder.

NB : R a été réalisé et produit en 2010. Cette sortie française n’est donc pas exactement une grande nouveauté, mais certainement la rançon du succès de Tobias Lindhom.