La chambre bleue, de Mathieu Amalric

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*   *   Notre plat du jour : le polar sauce Amalric (aigre-doux)

Vous ne connaissez pas Simenon? En réalité si, même si vous l’ignoriez peut-être encore jusque ici: George Simenon, auteur de polars belge, est le père de la série Maigret.

Ca fait tout de suite plus vrai, avec sa vraie femme

Ca fait tout de suite plus vrai, avec sa vraie femme

Mathieu Amalric, acteur et réalisateur bien connu des cinéphiles français, se lance donc à la demande du producteur Paulo Branco (plus de 300 films à son actif) dans l’adaptation du roman La chambre bleue. Assez loin de l’univers de Tournée, Amalric concote un polar à sa sauce : des plans fixes, une photographie chiadée, un montage aux petits oignons, des silences évocateurs plus que des réparties bavardes. L’ambiance y est. Amalric lui-même interprète le personnage principal, Julien; sa maîtresse dans le film, Esther, très souvent nue, est quant à elle interprétée par sa compagne dans la vie, Stéphanie Cléau, étrange femme qui participe pour beaucoup à la bizarrerie de cette histoire. Léa Drucker campe enfin la femme de Julien, Delphine, la blondeur effacée incarnée. Couic. On aime, aussi, le juge d’instruction insomniaque et dévoué, joué par Laurent Poitrenaux.

Photo de groupe au tribunal, funky

Photo de groupe au tribunal, funky

Pour ne pas avoir lu le roman, je ne peux guère m’avancer sur la qualité intrinsèque de l’adaptation. Cela étant, cinématographiquement, si le film est beau, très français, très, – si l’on peut comparer, chabrolien dans l’approche, un peu déjanté aussi, à l’image de son réalisateur, il y manque une certaine chaleur dans les rapports, un emballement du rythme cardiaque. La progression de l’enquête se fait d’une manière presque déshumanisée qui tombe parfois dans la plastification du suspens. Une sorte de variation thématique, un exercice de style réussi mais une atmosphère trop bleue pour paraître suffisamment chaude. Ca caille.

Adieu au langage, de Jean-Luc Godard

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*  Adieu, Jean-Luc

Dire adieu au langage, c’est apparemment réaliser un film dont l’absurdité n’a plus aucun sens, ne vous emmène nulle part si ce n’est dans l’ennui et une agression visuelle et sonore constantes; c’est, pour résumé, produire un objet vide de sens qui, inévitablement, ne peut, et ne veut, rien dire. Au spectateur, Godard ne dit plus rien : adieu, au langage. 

prise au piège, comme vous

prise au piège, comme vous

Vous êtes là, assis dans votre fauteuil, vos lunettes 3D sur le nez, et vous vous dites, « ce n’est pas parce qu’on utilise de la 3D à son âge – 84 ans – que l’on est un révolutionnaire ». S’il l’est toujours, révolutionnaire, c’est dans cette totale intention anti-narrative, ça oui, ça nous change, pas de storytelling, pas d’entertainment, de l’image, du son, de la go pro et de l’instagram, des aphorismes rédhibitoires, des allusions à la Seconde Guerre Mondiale, une femme nue, un homme nu, un chien qui court, des coupes nettes, attention chérie ça va trancher. Le concept, comme on le voit, est roi. De la branlette intellectuelle mixée de prouesses technologiques. Et en cela, oui, Jean-Luc Godard s’éclate. Mais nous dire adieu, c’est également nous rabaisser au rang de celui qui ne peut pas comprendre.

ciao

ciao

L’imbécile heureux, quoi. En peaufinant son message, Godard nous perd pour de bon. Le dévouement artistique à sa propre cause peut entraîner aussi loin que la solitude volontaire la plus complète. Rien à foutre de vous, des autres. Adieu au langage, si elle n’avait pas été estampillée Godard, aurait certainement constitué une superbe vidéo d’installation d’art contemporain imbitable, dans une petite salle noir et blanc carrée d’un musée huppé. Et si le Festival de Cannes lui a décerné son prix du jury, c’est, peut-être, pour transformer un affront en hommage gêné, à celui qui est, qui fut, un très grand réalisateur. Adieu.