Gemma Bovery, de Anne Fontaine

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*   *   Plongée littéraire et trou normand

Heureusement que le soldat Luchini reste au garde à vous pour sauver Gemma Bovery et ses spectateurs d’un ennui trop profond. Parce que même Flaubert l’aurait dit : il ne se passe rien, certes, mais cela doit quand même rester intéressant. Ardu.

1280x720-cQfForcément, à vouloir retranscrire le roman Emma Bovary au cinéma, il y avait grand risque de tomber dans un piège un poil barbant. Il s’agit tout de même de l’histoire d’une femme mariée qui s’ennuie. Pitch. La retranscription est contemporaine, cependant. Gemma et son mari Charlie forment un couple de londoniens venus s’installer dans un petit village de Normandie dans l’espoir de changer de vie. Leur voisin n’est autre que le boulanger du coin, Martin (Fabrice Luchini), ancien parisien lui aussi revenu de la vie citadine, féru de littérature et littéralement obsédé par le roman Emma Bovary. Or, miracle inouï du destin, la fameuse oeuvre de Flaubert est en train de se reproduire sous ses yeux ébahis. Par la situation comme par les courbes de la délicieuse Gemma.

I love le bon pain

I love le bon pain

Martin, ravi, plonge les yeux fermés dans le fantasme de son livre préféré enfin rendu à la vie. Jusqu’à redouter que son héroïne adorée, tout comme dans le roman, ne finisse par vouloir se suicider. Son comportement pour le moins étrange provoque ricanement et énervement chez sa femme et son fils, stupéfaits de l’acharnement littéraire de Martin sur cette pauvre anglaise qui ne rêve que de bon pain français et de verres de Calva.

J'en suis à la page 243

J’en suis à la page 243

L’intérêt premier de ce film réside dans le jeu de Luchini, ses réflexions acides et déjantées, son obsession grandissante pour le drame littéraire qui se noue à l’autre bout de son jardin. Gemma Arterton, oui, est parfaite. Presque trop, puisque son personnage ne la rend pas spécialement sympathique. Quant à Elsa Zylberstein, elle est plus vraie que nature en femme au foyer aisée, snob et obsédée par les apparences. Le reste, réalisation, scénario, tempo, ne paraît qu’accompagnement en sourdine et un peu fade des pitreries enlevées du boulanger; trop tiède pour donner à l’ensemble une saveur emballante, qui soit aussi croustillante que celle de sa croquinette, spécialité multi-céréales locale.