L’institutrice, de Nadav Lapid

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*  *  *  Il y a un truc qui déconne dans la société israélienne. En beauté, et en poésie. 

C’est l’un des personnages qui le dit : « Il faut être pauvre ou con pour vouloir être dans l’armée aujourd’hui. » Et pourtant… La société israélienne semble toute en contradictions, entre chants d’identité nationale récités dès la maternelle et amateurs de poésie dissidents qui rejettent en bloc le gouvernement. Le film s’ouvre sur une émission de télévision dans laquelle un chroniqueur blague sur une photo de Hitler en short. Entre passé, héritage et volonté d’avancer, les poètes, les rêveurs, ont apparemment du mal du mal à se positionner.

Mystique observation du maître sur terrain de jeu pour maternelles

Mystique observation du maître sur terrain de jeu pour maternelles

Ce gouffre entre un monde fantasmé et la réalité, qui « déteste les poètes », provoque une tension d’une violence à peine retenue, que la réalisatrice Nadav Lapid retranscrit avec brio dans la narration de cet évènement pourtant anecdotique. Une institutrice au regard hypnotique, presque fanatique, Nira (Sarit Larry), subjuguée par les dons de poète d’un de ses élèves de 5 ans, Yoav, se laisse entraîner dans une dévotion de plus en plus borderline à son talent. Elle finit, pour la beauté de cet art, par enfreindre les règles les plus élémentaires de toute société. Et à tomber, consciemment, dans une sorte de vertige désabusé, retenue, à peine, par l’innocence de l’enfance.

Je parle d'amour, mais je ne sais pas ce que c'est

Je parle d’amour, mais je ne sais pas ce que c’est

L’implosion discrète et étrangement calme de ces co-habitants aux origines, physiques et opinions extrêmement différents provoque, malgré la lenteur intime voulue de la réalisation, une sorte d’explosion des sentiments. Tout doucement. Alors oui, L’institutrice est un film qui prend son temps, contemplatif parfois, mais dont l’apparente placidité est sans cesse démentie par l’intensité de ce qu’il raconte. Beaucoup de choses passent par le regard de l’un ou de l’autre des protagonistes, qui vous fixent de l’autre côté de l’écran. Le petit Yoav lui-même, enfant prodige à l’imagination de vieux sage, sorte de funambule désorienté, à la fois très jeune et très âgé, vous tient attentif jusqu’au bout du film. Vous devenez, que vous le vouliez ou non, témoin complice d’un drame poétique.