Arrête ou Je Continue, de Sophie Fillières

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* * * C’est celui qui l’a dit qui l’est de toute façon

Prendre l'air, et se pomper l'air

Prendre l’air, et se pomper l’air

Si on aime Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric, c’est plutôt bien parti. Parce que les deux acteurs squattent l’écran avec l’aplomb, la folie douce et les regards tordus qui les caractérisent. Elle est Pomme, il est Pierre, leur couple sent le sapin. A tel point que Pomme décide sur un coup de tête de rester dans la forêt où ils ont l’habitude d’aller randonner, et se disputer, pour avaler du « camembert sans pain et du saucisson sans couteau ».

Arrête ou je continue, c’est le jeu de la barbichette entre un couple qui se déchire à force d’exaspération, qui s’asticote à grands coups d’absurdités. Dans la sphère déjantée de leur intimité en fin de course, il y a Roro, le fiston adoré, Sonja, la bonne copine délaissée, et John, le coach sportif bien roulé. On y suçote du champagne glacé, on s’écharpe avec l’air poli de la banalité. C’est une fable, un petit conte sentimental que fabrique ici Sophie Fillières, un huit-clos amoureux sans amour, construit sur le dialogue et des situations burlesques  qui détonnent dans un décor affreusement normalisé.

Je continue ?

Je continue ?

Il faut aimer ce couple d’acteurs, donc, supporter une histoire fortement dialoguée et scénarisée, apprécier les plus  infimes revirements de situation de leur relation, accepter de suivre la fin banale d’une histoire originale. Bref, il faut aimer s’en laisser conter. Sinon, Arrête ou Je continue risque gravement de vous ennuyer.

Jimmy P, de Arnaud Desplechin

***  Psychanalyse au Far West

Quand un réal français s’aventure dans le Far West de la fin des années 40, cela donne un duel entre cow-boys version patient face à son psy, l’étrange couple « force tranquille » contre « exaltation fiévreuse » formé par Benicio Del Toro et Mathieu Amalric.

Desplechin

Mon psy, ce héros

Tiré d’une histoire vraie, ce film à l’Américaine d’Arnaud Desplechin met en scène le désarroi d’un Indien, Jimmy (Benicio Del Toro),  revenu de la guerre blessé à la tête et souffrant depuis d’étranges malaises. Devant l’ignorance des braves docs de l’hôpital militaire, ceux-ci font appel à l’excentrique premier ethnopsychanalyste de la planète, Georges Devereux, alias Mathieu Amalric, dans un rôle qui colle à sa peau survoltée.

Desplechin

Y aurait pas du surmoi là-dedans?

Explications des rêves, enfance refoulée, drames personnels, le face à face entre les deux hommes tourne au huis-clos dans une ambiance au visuel plus que léché. Témoignage d’amitié et d’humanité hors du commun, ce film s’étire parfois en longueur, rêvassant à l’écoute des confidences de Jimmy, avant de se pincer le bras et de revenir enfin parmi nous. Le titre dit tout, aussi incroyable que cela paraisse : vous allez exactement être témoins indiscrets de la psychanalyse d’un Indien des plaines. Normal.

Malgré cette distance tampon qui éloigne par moments le film de son public, Desplechin nous offre un sacré voyage dans le temps, l’Histoire, la culture indienne et l’être humain, servi par un couple d’acteurs plutôt détonnant. A voir si vous n’avez pas vous-même trop de bagages psychanalytiques qui vous accompagnent.