Le Conte de la princesse Kaguya, de Isaho Takahata

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*  *  *  *  Difficile de faire les difficiles : c’est beau, et c’est bien comme ça

Les amateurs du studio Ghibli, plus connu pour les oeuvres du maître Miyazaki, peuvent dès à présent se délecter d’une réalisation-phare de son co-fondateur, Isao Takahata.

naissance d'une princesse

naissance d’une princesse

Moins déjanté que des scénarios comme Le Voyage de Chihiro ou Le château dans le ciel, largement aussi poétique, grave, et tourné vers la nature que La Princesse Mononoké, Le Conte de la princesse Kaguya (qui signifie « princesse lumineuse ») s’appuie sur des dessins pastels épurés à la puissance évocatrice gigantesque, qui rappellent les anciennes estampes japonaises. Et pour cause. Ce film d’animation est tiré d’un conte populaire du Xe siècle, Le coupeur de bambouconsidéré comme le texte narratif japonais le plus ancien. La barre était haute.

une des plus belles fuites de l'histoire du cinéma

une des plus belles fuites de l’histoire du cinéma

Le film retrace donc avec détails le mode de vie et les coutumes d’un peuple japonais ancestral. Moins farfelu, également, que certaines productions du studio, Le Conte de la princesse Kaguya prend le temps de ralentir quand il le faut, son rythme s’adaptant à l’humeur de la princesse, tour à tour joyeuse, amoureuse, blessée. Le spectateur est ainsi invité lui aussi à prendre le temps de regarder et de ressentir, une demande facilitée par la beauté et la grâce assez époustouflantes des illustrations. La tonalité de l’histoire, à la suite de ce rythme changeant, oscille entre tendresse, humour et mélancolie. Le Conte, de fait, peut paraître à certains moins accessible que d’autres réalisations du même genre, reléguant presque les oeuvres de Miyazaki à des productions de blockbuster.

Un dur métier que celui de princesse au Japon du Xe siècle

Un dur métier que celui de princesse au Japon du Xe siècle

Mais qui est-elle ? La princesse Kaguya, baptisée ainsi lorsqu’elle devient femme, est trouvée un jour enfant dans une pousse de bambou par un vieux couple des collines verdoyantes du Japon. Ils décident de choyer ce cadeau du ciel, qui grandit librement en osmose avec la nature environnante. Mais lorsqu’elle mûrit, son père adoptif décide qu’il est temps pour elle de faire face à son destin de princesse envoyée du ciel. La famille quitte les collines pour le faste et les obligations de la vie sociale à la capitale. Une prison dorée pour la princesse Kaguya, qui ne supportera pas longtemps l’éloignement de sa vie d’antan.

Voilà pour le décor. Les messages véhiculés par ce conte vieux de plus de mille ans résonnent pourtant familièrement : respect de la nature et préceptes écologiques, quête du bonheur, travers humains… Difficile de rester insensible au charme tragique de cette ode crayonnée avec génie à l’amour et à la nature.

Real, de Kyoshi Kurosawa

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* * *  La jolie folie douce de Kurosawa

Entre fable, poème, histoire d’amour et thriller de science-fiction, le Real de Kiyoshi Kurosawa s’ancre pourtant plus jamais dans la réalité, en tentant de comprendre ce qu’elle est.

Ah mais je te vois!

Ah mais je te vois!

Le jeune couple formé par Koichi et Atsumi habite un charmant cocon au coeur de Tokyo, dans lequel Atsumi s’adonne à son travail et passion, le dessin de mangas. Jusqu’au jour où elle tente de se suicider et sombre dans un profond coma. Heureusement, la science permet de se connecter au cerveau de la personne inconsciente et de dialoguer avec elle par le biais de la pensée. C’est ainsi que Koichi tente de comprendre et de ramener Atsumi à la vie. Mais le monde de l’inconscient, des peurs et des projections se révèle un domaine bien plus troublant que ce qu’il ne croit.

A travers ce film étrange et délicat sur l’amour, la création et la culpabilité, Kurosawa tisse ensemble tout un univers de références, pourtant éloignées, du cinéma japonais contemporain. La poésie d’un Miyazaki (La Princesse Mononoké, Le château dans le ciel, Le vent se lève, …), la sensibilité exacerbée et pudique d’un Koreeda (Nobody Knows, Tel père Tel fils), ou encore le monde du thriller psychologique que l’on retrouve dans son propre Shokuzaï.

La réalité est peut-être par là-bas?

La réalité est peut-être par là-bas?

L’invention scénaristique qui retourne à un moment donné l’histoire en deux ne possède pas l’impact foudroyant d’une révélation policière, certes, mais est-ce vraiment l’objectif du film, si ce n’est nous questionner encore un peu plus? Le côté plastique, lisse, presque marionnettiste des acteurs, une apparente maladresse qui sert en fait une dimension de conte enchanteresse.

La fin du film, qui s’approche du fantastique jusqu’à l’effleurer, peut également déconcerter un spectateur amené depuis deux heures à suivre les errements sentimentaux et psychologiques du couple. Une fin élastique et un mélange des genres qui participent pourtant pleinement à l’originalité absolue du film. Difficile à accepter, peut-être, mais aurait-il pu sinon exprimer si fortement ce qu’il avait à faire passer?

Le vent se lève, de Hayao Miyazaki

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* * * *  « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Cette belle citation de Paul Valéry est plusieurs fois prononcée, en français s’il vous plaît, dans le dernier film d’animation du maître Miyazaki. Dernier en date, et apparemment dernier tout court. Mais quoi, il faudra bien tenter de vivre!

Petit deviendra grand

Petit deviendra grand (moustache incluse)

A l’inverse des allégories ou métaphores extrêmement poussées, et systématiquement adoptées par le réalisateur japonais (Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, …), Le vent se lève aborde avec un réalisme peu habituel chez lui le sujet choisi : celui des ingénieurs aéronautiques, et du destin tragique de ces avions conçus par des inventeurs-rêveurs, déchirés entre la beauté de l’objet et sa souvent cruelle finalité.

LeVentSeLeve-03Dans le Japon du début des années 1930, Jiro, jeune ingénieur brillant, est recruté par la firme Mitsubishi pour tenter de doter l’aviation nationale d’une flotte plus moderne, capable de concurrencer l’industrie allemande, très en avance. Au Japon, les avions sont alors encore amenés sur les pistes de décollage tirés… par des bœufs !

Heureusement pour nous, Miyazaki ne se dépare jamais de la patte de poésie et de tendresse qui imprègne tous ses films, entre paysages acidulés, fantasmagories et histoires d’amour romantiques. Mais le propos général y est plus sombre que d’habitude, plus grave, l’environnement plus menaçant, concentré sur la Grande Dépression, et la Seconde Guerre Mondiale qui se prépare. Une des premières scènes, qui dépeint un tremblement de terre, est sublime.

Si certains critiques y ont vu une polémique suffisante pour s’engouffrer dans la dénonciation « militariste » du réalisateur, – on les comprend, c’est si tentant de tout y ramener, cela évite d’avoir un avis artistique toujours plus délicat à formuler -, dont le comte Caproni, concepteur d’avions militaires, est l’un des héros, je préfère m’en tenir à la fascination toujours aussi présente qu’exerce cet incroyable conteur, semant de la beauté là même où il ne devrait pas y en avoir, c’est à dire partout. J’espère que vous vous laisserez à votre tour aller à rêver, devant ces images et l’histoire racontée.

smack!

smack!