D’une vie à l’autre, de Georg Maas

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* *  Superbe téléfilm, ou film mitigé : thriller post-guerre froide, faites vos jeux

Comme me l’a dit le caissier du cinéma à qui je demandais en achetant mon ticket ce qu’il pensait du film, « je n’ai pas d’avis. »

Etrange façon de parler d’un film, et pourtant, en sortant D’une vie à l’autre, on hésite réellement.

on était heureux quand même

on était heureux quand même

Pour, le réel intérêt historique de l’histoire racontée, la beauté des paysages, et celle des acteurs. La légende sur la beauté des femmes nordiques risque d’en reprendre pour 20 ans. Contre, une mise en scène parfois lourdingue un peu trop portée sur le flash-back, et un scénario qui agit contre lui-même, et finit par faire perdre au film l’épaisseur qu’il promettait d’avoir. Sans vouloir gâcher l’intrigue, il faut pourtant reconnaître que celle-ci souffre d’un tendance à sur-dramatiser, à trop vouloir expliciter les choses, alors qu’un mystère plus entier, une plus grande liberté d’imaginer laissée au spectateur, aurait fait beaucoup de bien au film.

Ca fait mal, la vérité

Ca fait mal, la vérité

Celui-ci revient sur le destin d’une norvégienne, Katerine (Juliane Khöler), née pendant la Seconde Guerre Mondiale d’une mère norvégienne et d’un père allemand. Ces enfants étaient à l’époque enlevés à leur mère par les nazis, qui les élevèrent dans des orphelinats spéciaux. A la libération, certains d’entre-eux furent retournés par la Stasi. En 1990, alors qu’un avocat envoyé par la Cour européenne vient questionner Katerine, son passé revient la tourmenter, ainsi que sa mère Ase (Liv Ullmann), son mari Bjarte (Sven Nordin) et sa fille Anne (Julia Bache-Wiig).

Qualifié par ses distributeurs de « mélange réussi entre Borgen et La vie des autres« , D’une vie à l’autre ne possède ni la justesse du premier, ni l’épaisseur dramatique du second. Malgré tout, on passe un bon moment, intéressant, esthétique, regrettant simplement de ne pas être plus confortablement sur son canapé devant cet excellent téléfilm d’Arte.

Le médecin de famille, de Lucia Puenzo

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*** Les méchants nazis se planquaient en Patagonie

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viva Patagonia !

Dans l’immense paysage gelé de Patagonie, non loin de la petite ville de Bariloche, vit en 1960 une charmante famille. Celle-ci héberge Helmut, un distingué médecin allemand, plus connu par les agents du Mossad sous le nom de Joseph Mengele, tortionnaire réputé des camps d’extermination nazis (ok, ceci est un mini spoiler, mais ça fait monter la sauce).

Helmut s’intéresse de près à la fille d’Enzo et Eva, Lilith, bambine format pocket, dont la croissance est limitée par une maladie de naissance. L’occasion rêvée pour Mengele de tester ses hormones de croissance. Double coup de bol pour le doc machiavélique, Eva est enceinte de jumeaux : des conditions parfaites d’expérimentation!

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même l’affiche a l’air d’époque

Lucia Puenzo réalise ici le portrait d’un microcosme familial et humain d’autant plus intime qu’il est écrasé par la magnificence des paysages environnants. Dans cet écrin naturel se tissent d’imperceptibles amitiés, rancœurs et méfiances, sans que jamais le scénario ne dérape vraiment. Pourtant, l’ambiance y est à la limite du morbide, dominée par des teintes pâles et des atmosphères comme étouffées. Un peu à la manière d’une chambre remplie de vieilles poupées, à la fois cosy et inquiétante.

Quoi qu’il en soit, on se laisse agréablement entraîner dans cette histoire inspirée de la réalité, et bien que le film ne se pose pas en tant que messager universel, il y a là-dedans un grand pas de plus fait pour le devoir de mémoire. Beau, prenant et original : à voir.

Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta

seau popcornseau popcornseau popcorn Mad Men version philo, ou la démonstration du point Godwin*

c'est vrai ça, qui suis-je??

c’est vrai ça, qui suis-je??

Je peux vous assurer qu’il est psychologiquement plutôt difficile d’écrire une critique qui soit assez intelligente pour parler d’un film sur Hannah Arendt. Ou alors… Il faudrait peut-être attaquer le sujet sous l’angle de la plus parfaite stupidité. Ou alors… Dilemme. Je suis donc je pense. Argh. Cqfd.

Pour ceux qui ne connaissent pas et poussent la paresse jusqu’à ne pas cliquer sur Wikipédia, Hannah Arendt est une fameuse philosophe du XXème siècle, notamment connue pour avoir théorisé sur les systèmes totalitaires (ayant elle-même fui l’Allemagne nazie) et la culture (en crise, déjà). Il serait d’ailleurs bienvenu que chaque spectateur ait lu du Arendt avant de regarder le film… en même temps, je me fais la réflexion soudaine que ceux qui voudront y aller connaissent certainement déjà. Donc l’ont lu. Le titre, au moins. Bref.

1961. Hannah Arendt, célèbre professeure de philosophie, vit à New York avec son mari Heinrich. Le Mossad capture alors un ancien dignitaire nazi, Adolf Eichmann. Hannah Arendt demande au New Yorker de couvrir pour eux son procès qui se tient à Jérusalem. Confrontée à une prise de conscience inattendue, elle en sort un livre qui va provoquer une polémique virulente.

Je fume donc je suis

Je fume donc je suis

Tout à la fois cours de philosophie, cours d’histoire et biopic, ce film aux tonalités ocres, tailleurs de tweed, vapeurs éthyliques et épais nuages de cigarettes rappellera certainement à certains l’ambiance d’une certaine série à succès. La comparaison s’arrête là, car il ne s’agit pas ici de disserter sur les aventures d’un publicitaire au physique avantageux mais sur les crimes contre l’humanité perpétrés par les nazis. Résumé comme cela, ça jette un peu un froid. Et pourtant, Margarethe Von Trotta parvient grâce à un savant dosage scénaristique à transformer ce qui aurait pu n’être qu’un douloureux pensum en un moment de cinéma de grande densité, bien que très (trop) formel. L’interprétation toute en justesse de Barbara Sukowa (Hannah Arendt) fera certainement regretter à certains de n’avoir eu comme prof de philo qu’un vieillard bedonnant qui confondait Platon avec Aristote (à moins que ce ne soit le contraire).

Même s’il manque peut-être d’une dose de fantaisie et de liberté personnelle, ce film-là, sans toucher au chef d’oeuvre, agit pour le moins comme un beau témoignage humain et un exercice de mémoire qui mérite le respect. Car il fallait avoir un sacré courage pour s’attaquer à un personnage pareil sans rebuter les foules. S’il ne vous donne pas envie de vous plonger dans les passionnants ouvrages de la philosophe, conseillez-le au moins à vos connaissances qui passent le bac. Ca leur sera toujours plus utile (mais moins drôle) que les méthodes de révision des Profs

*Point Godwin: Du nom de Mike Godwin. Cette loi énonce que « plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1 ». (source: Wikipédia)