A la recherche de Vivian Maier, de John Maloof et Charlie Siskel

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*  *  * Le film-expo qui permet de briller en société à peu de frais 

A la recherche de Vivian Maier, c’est un peu le pendant photographique du musical Sugar Man. La découverte hasardeuse d’un artiste génial, inconnu et difficile à localiser. Un Où est Charlie ? version New York de la photographie.

La Mary Poppins de la photographie, entre Cruella et une Nounou d'enfer

La Mary Poppins de la photographie, entre Cruella et une Nounou d’enfer

Donc voilà l’histoire, vraie : John Maloof, jeune découvreur new-yorkais, fils et petit-fils de brocanteurs, achète un jour un carton de négatifs dans une modeste salle de marché. Son objectif : trouver des clichés d’époque pour illustrer le livre d’histoire qu’il est en train de réaliser. Il n’aurait pas pu mieux foirer son achat : dans le carton se trouvent des photos stupéfiantes, oeuvres d’une totale inconnue, une certaine Vivian Maier, fanatique de l’obturateur et collectionneuse névrosée de clichés de rue volés. Intrigué, John finit par collecter plus de 150 000 clichés, négatifs, films et enregistrements audio de la prolifique grande bringue aux cheveux courts qui se prend souvent malicieusement en autoportrait. Le voilà qui développe à son tour une obsession : retrouver la trace de l’obsessionnelle, carrément étrange et géniale photographe.

Paraît qu'il y a du Cartier-Bresson, du Diane Arbus et du Helmut Newton dans son oeuvre

Paraît qu’il y a du Cartier-Bresson, du Diane Arbus et du Helmut Newton dans son oeuvre

Entretiens avec ceux qui ont connu Vivian, épopée de la reconstitution et de la numérisation de son oeuvre, voyages dans son passé, rencontre avec le Rolleiflex bi-objectif qu’elle trimballait partout attaché autour du cou, intrusion forcée dans l’intimité d’une femme qui jouait à l’espionne et affectait un accent français, font partie de cette mosaïque de moments qui constituent le film.

Vivian Maier, esprit espiègle dans corps de sergent en chef

Vivian Maier, esprit espiègle dans corps de sergent en chef

Documentaire, enquête, étude artistique, voyage, suspens et cours de photographie accéléré : voilà ce que vous trouverez dans ce film profondément intéressant, au sens noble du terme. Parions que vous aurez l’envie démangeante de taquiner à nouveau votre propre appareil-photo, qui s’empoussiérait doucement au fond de votre placard.

Casse-tête chinois, de Cédric Klapisch

**   « On ne rassasie pas un chameau en le nourrissant à la cuillère. » :                           proverbe chinois

Oui, le chameau, c’est vous.

Je vois pas en quoi c'est compliqué...

Je vois pas en quoi c’est compliqué…

C’est moi aussi, par la force des choses. Parions qu’en sortant de Casse-tête chinois, suite Des Poupées russes, elles-mêmes suite de L’auberge espagnole, vous aurez encore gravement la dalle. Mais grâce à Cédric Klapisch, vous aurez au moins découvert – partiellement – une nouvelle culture : celle des chinois new-yorkais. Youpi.

 « Une méthode fixe n’est pas une méthode. » : autre proverbe chinois.

S’il est bien quelque chose qu’on ne peut pas reprocher à Klapisch, c’est de perdre l’esprit originel de L’auberge espagnole. Que nenni ! Tout y est : la même bande-son, les mêmes acteurs, les mêmes problématiques, à savoir la vie sentimentale et personnelle très (très) compliquée de Xavier, alias Romain Duris. Le voilà donc à New York, sans papiers et sans boulot, pour pouvoir vivre auprès de ses enfants Tom et Mia que Wendy (Kelly Reilly) a embarqué avec elle lorsqu’elle a décidé d’aller refaire sa vie aux States. Easy. Les fanatiques des deux premiers numéros devraient accrocher.

« Trop de colle ne colle plus, trop de sucre n’adoucit plus. » : proverbe… chinois !

Malheureusement, il aurait peut-être enfin été temps de s’affranchir du modèle originel pour renouveler un peu la série, inventer d’autres ressorts comiques, d’autres rebondissements narratifs… Casse-tête chinois fait souvent rire, mais souvent ennuie aussi. On y trouve des trouvailles jouissives, et des redites sédatives. Le hic ? Étaler ce mix des deux opus précédents sur 1h54, 114 minutes entrecoupées de moments mouchoirs-émotions sur la relation père-fils. Quant au « truc » de mise en scène qui consiste à montrer que le film est en fait une histoire racontée par Xavier à son éditeur pour son nouveau roman… on a vu plus fin.

Comme le dit Wendy à Xavier en présence de Martine (Audrey Tautou, pour une fois sympathique) et d’Isabelle (Cécile de France) : « La fille qu’il te faut, Xavier, c’est une combinaison de nous trois. » Comme renouvellement des genres, on a vu mieux.

NB : Les amateurs noteront la présence incongrue mais bienvenue d’une des actrices de House of Cards en la personne de Ju (Sandrine Holt), meuf d’Isabelle dans le film et collègue de Claire Underwood dans la série.

Photo-du-film-CASSE-TÊTE-CHINOIS

C’est bien les mêmes, mais pas habillés pareil. Ça marche comme ça?

Frances Ha, de Noah Baumbach

seau popcornseau popcornseau popcorn    Chronique loufoque d’une jeunesse désorientée à New York

Pas du genre à me noyer dans mes problèmes moi

Pas du genre à me noyer dans mes problèmes moi

Frances Ha, portrait mélancolico-drôlatique en noir et blanc d’une jeune new new-yorkaise en manque de repères: voilà qui doit hérisser les poils de ceux qui détestent les artistes, les bobos, la Nouvelle Vague, le cinéma indé, la poésie et les discussions existentielles générationnelles à la Woody Allen. Pour tout les autres, bingo!

Il semblerait que le noir et blanc s’accorde bien à la célèbre génération Y. Après Oh Boy, portrait d’un jeune homme traînant ses doutes et la bizarrerie du monde dans Berlin, Frances Ha de Noah Baumbach, co-scénariste de Wes Anderson, suit les périples émotionnels et professionnels d’une jeune femme (Greta Gerwig) à New York. La narration décalée de ce conte moderne s’accorde bien aux errements de moineau enfermé de Frances, maladroite et touchante dans ses efforts désespérés pour vivre sa vie. Mais voilà, sa meilleure amie la quitte pour un appartement mieux placé, sa compagnie de danse lui propose un poste de secrétaire alors qu’elle rêve d’entrechats, et ses colocataires la décrètent incasable. Dur dur quand on a 27 ans, un compte en banque  à sec et des parents à l’autre bout du pays.

t'as le rythme coco

t’as le rythme coco

Malgré quelques longueurs ici ou là, Frances Ha nous entraîne dans les chutes et les folies de son anti-héroïne, grands corps maladroit qui se rêve danseuse étoile. Le choix narratif très marqué du réalisateur lui permet de dresser en quelques répliques humoristiques et mouvements nostalgiques une facette de cette génération mi-adulte mi-enfant, entre batailles de polochon et plans de carrière peu folichons. Pas un grand monument du cinéma, peut-être, mais une parenthèse poétique qui en dit plus sur son sujet que bien des productions à énormes budgets. Un cinéma qui fait vraiment du cinéma, quoi.

Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta

seau popcornseau popcornseau popcorn Mad Men version philo, ou la démonstration du point Godwin*

c'est vrai ça, qui suis-je??

c’est vrai ça, qui suis-je??

Je peux vous assurer qu’il est psychologiquement plutôt difficile d’écrire une critique qui soit assez intelligente pour parler d’un film sur Hannah Arendt. Ou alors… Il faudrait peut-être attaquer le sujet sous l’angle de la plus parfaite stupidité. Ou alors… Dilemme. Je suis donc je pense. Argh. Cqfd.

Pour ceux qui ne connaissent pas et poussent la paresse jusqu’à ne pas cliquer sur Wikipédia, Hannah Arendt est une fameuse philosophe du XXème siècle, notamment connue pour avoir théorisé sur les systèmes totalitaires (ayant elle-même fui l’Allemagne nazie) et la culture (en crise, déjà). Il serait d’ailleurs bienvenu que chaque spectateur ait lu du Arendt avant de regarder le film… en même temps, je me fais la réflexion soudaine que ceux qui voudront y aller connaissent certainement déjà. Donc l’ont lu. Le titre, au moins. Bref.

1961. Hannah Arendt, célèbre professeure de philosophie, vit à New York avec son mari Heinrich. Le Mossad capture alors un ancien dignitaire nazi, Adolf Eichmann. Hannah Arendt demande au New Yorker de couvrir pour eux son procès qui se tient à Jérusalem. Confrontée à une prise de conscience inattendue, elle en sort un livre qui va provoquer une polémique virulente.

Je fume donc je suis

Je fume donc je suis

Tout à la fois cours de philosophie, cours d’histoire et biopic, ce film aux tonalités ocres, tailleurs de tweed, vapeurs éthyliques et épais nuages de cigarettes rappellera certainement à certains l’ambiance d’une certaine série à succès. La comparaison s’arrête là, car il ne s’agit pas ici de disserter sur les aventures d’un publicitaire au physique avantageux mais sur les crimes contre l’humanité perpétrés par les nazis. Résumé comme cela, ça jette un peu un froid. Et pourtant, Margarethe Von Trotta parvient grâce à un savant dosage scénaristique à transformer ce qui aurait pu n’être qu’un douloureux pensum en un moment de cinéma de grande densité, bien que très (trop) formel. L’interprétation toute en justesse de Barbara Sukowa (Hannah Arendt) fera certainement regretter à certains de n’avoir eu comme prof de philo qu’un vieillard bedonnant qui confondait Platon avec Aristote (à moins que ce ne soit le contraire).

Même s’il manque peut-être d’une dose de fantaisie et de liberté personnelle, ce film-là, sans toucher au chef d’oeuvre, agit pour le moins comme un beau témoignage humain et un exercice de mémoire qui mérite le respect. Car il fallait avoir un sacré courage pour s’attaquer à un personnage pareil sans rebuter les foules. S’il ne vous donne pas envie de vous plonger dans les passionnants ouvrages de la philosophe, conseillez-le au moins à vos connaissances qui passent le bac. Ca leur sera toujours plus utile (mais moins drôle) que les méthodes de révision des Profs

*Point Godwin: Du nom de Mike Godwin. Cette loi énonce que « plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1 ». (source: Wikipédia)

 

 

Effets secondaires, de Steven Soderbergh

seau popcornseau popcornseau popcorn     Qui a mis du prozac dans mes popcorns??

« Soderbergh…Soderbergh… Ca me dit vaguement quelque chose…C’est pas le type qui a fait Gangs of New York? » Voilà ce qui arrive aux spectateurs qui abusent de leurs petites pilules bleues.

On pourra pas dire qu'on nous avait pas prévenus

On pourra pas dire qu’on nous avait pas prévenus

Ce Soderbergh-là, le vrai, l’hypocondriaque, s’est lancé une fois de plus dans le brouillard nauséeux d’un monde médical désemparé. Après Contagion, dont le titre à lui seul donnait déjà des boutons, après Magic Mike et ses muscles testostéronés, nous voici jeté au beau milieu d’un thriller psychologique qui, s’il lui manque une légère dose de suspens et une petite gélule de noirceur, remplit parfaitement son rôle de film divertissant et habilement agencé, porté par des acteurs performants au charme ravageur. Le chassé-croisé thérapeutico- vengeur qui se construit entre Jude Law et la charmante Rooney Mara convainc sans difficulté un spectateur conquis dès les premières scènes par l’image rythmée d’un film chiadé.

Le Dr Banks (Jude Law), psychiatre flamboyant doté d’une élégante femme blonde malheureusement au chômage, recueille un beau jour dans les pans de sa blouse blanche un petit oiseau blessé à la voix rauque répondant au doux prénom d’Emily (Rooney Mara). Cette jeune femme dépressive, dont le mari vient de sortir de prison (Channing Tatum dans un rôle secondaire d’une neutralité totale – on n’aperçoit qu’à peine ses biceps, c’est dire), va donner de l’ordonnance à retordre à son dévoué de médecin, bientôt pris dans le feu d’un scandale policier et financier au passage duquel l’industrie pharmaceutique se prend un joli tacle.

L'apologie du regard en coin

Ou l’apologie du regard en coin

Le popcorn aigri n’aime pas à le dire trop souvent mais voilà: on passe un bon moment. Si, si. Pourquoi alors ne pas le recouvrir entièrement de seaux de popcorns? Parce que la promesse d’un univers que certains ont qualifié de hitchcockien ne remplit pas complètement son contrat, parce que certains personnages (je pense à celui du Dr Siebert, interprété par la vénéneuse Catherine Zeta-Jones) dévoilent trop tôt une intention et un double-jeu dont la transparence entame le suspense, parce que enfin, le dénouement dont on attendait un machiavélisme surprenant rate son triple salto et altère discrètement l’adhésion ravie du spectateur. Parce que en résumé, après un démarrage au redbull (joli placement de produit dans la main dévouée du Dr Banks), le film s’essouffle l’air de rien sur sa longueur et se termine tièdement à défaut d’un cocktail énergétique suffisant.

Pour autant, malgré ces quelques critiques inévitables – mais la perfection est-elle de ce monde? -, je ne saurais trop recommander Effets Secondaires à qui cherche à passer un agréable moment de cinéma devant un film honnête et maîtrisé sans être époustouflant, auquel les acteurs confèrent une épaisseur et une ambiance qui parviennent à donner de la personnalité à une anecdote. 

 

Filmographie sélective de Steven Soderbergh:

  • Erin Brockovitch (2000)
  • Ocean’s eleven (2001)
  • Ocean’s Twelve (2004)
  • Che, part 1 & 2  (2008)
  • The informant! (2009)
  • Contagion (2011)
  • Magic Mike (2012)