Edge of Tomorrow, de Doug Liman

*  *   Si je vous dis : Tom Cruise, alien, blockbuster, sauver le monde,                    ça vous inspire quoi?

Résumé de la sorte, une sorte d’impression de déjà vu flotte comme qui dirait dans l’air… Et pourtant Edge of Tomorrow, malgré un bon vieux titre bien kitsch de film de fin du monde, se permet des petites libertés avec le genre qui ne sont pas pour déplaire au spectateur. Tom Cruise possède décidément cette étonnante faculté de toujours avoir l’air de se renouveler sans jamais vraiment proposer quelque chose de nouveau !

l'amour vache

l’amour vache

Car oui, Tom Cruise, alias Major Bill Cage , va se démener pour tous nous sauver. Mais en se prenant des baffes et des raclées qui font plaisir et bien ricaner. Oui, scoop, Tom Cruise possède un sens inné de l’autodérision (même s’il a été cher payé pour le simuler). Parce que le type est en réalité publicitaire, pas militaire. Si si. Et qu’il passe son temps à se faire tuer pour mieux ressusciter et recommencer à zéro la même atroce journée. Le réalisateur (La mémoire dans la peau, Mr & Mrs Smith) se joue avec un certain second degré, fort étonnant, d’un scénario dont le pitch pourrait faire froid dans le dos. Un bon point pour lui.

Les nouveaux BFF

Les nouveaux BFF

Autre excentricité, le choix de LA blonde super sexy, alias Full Metal Pétasse, alias Sergent Rita Vrataski, alias Emily Blunt. L’actrice nous avait habitués à des rôles de composition plutôt indé, or son intronisation dans le genre blockbuster qui fait du bruit et couler de la sueur passe comme une lettre à la poste. Et de deux.

Paris, la nuit

Paris, la nuit

Quant à nous, pauvres Français, notre chère Hexagone a été choisie comme le terrain de bataille apocalyptique entre une armée de créatures extraterrestres supra-intelligentes et une coalition armée alliée principalement constituée de bons Anglais et d’héroïques Américains. Pouf, à terre la Tour Eiffel, bam, explosé le Musée du Louvre, plouc, inondé Paris. Si ça peut leur faire du bien… Par contre, le parallèle continuel entre les deux Guerres Mondiales et l’invasion extraterrestre laisse parfois perplexe. Car oui, la grande bataille qui décidera du sort de l’humanité se jouera sur les plages du débarquement en Normandie. Et la précédente fut remportée à Verdun. Quant au chef présumé des méchantes araignées intergalactiques, il se serait réfugié dans un barrage de montagne en… Allemagne. C’était cette année, le 70e anniversaire du Débarquement allié?

On regrettera amèrement que la fin du film se laisse prendre au piège des ficelles vues et revues du genre, en plein dans le gnangnan, et perde de la sorte cette aura ironique qui en faisait la particularité. Dommage que Doug Liman n’ait pas osé aller jusqu’au bout de cette brave intention de déstructuration du super-héros américain, qui aurait peut-être transformé son film parfois bon en bon film.

Mais on ne peut pas lui enlever une dernière qualité, qui est celle de proposer au spectateur 2h de narration soutenue, divertissante sans ennuyer, et même, parfois, carrément drôle.

Une armure pas franchement sexy

Une armure pas franchement sexy

Real, de Kyoshi Kurosawa

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* * *  La jolie folie douce de Kurosawa

Entre fable, poème, histoire d’amour et thriller de science-fiction, le Real de Kiyoshi Kurosawa s’ancre pourtant plus jamais dans la réalité, en tentant de comprendre ce qu’elle est.

Ah mais je te vois!

Ah mais je te vois!

Le jeune couple formé par Koichi et Atsumi habite un charmant cocon au coeur de Tokyo, dans lequel Atsumi s’adonne à son travail et passion, le dessin de mangas. Jusqu’au jour où elle tente de se suicider et sombre dans un profond coma. Heureusement, la science permet de se connecter au cerveau de la personne inconsciente et de dialoguer avec elle par le biais de la pensée. C’est ainsi que Koichi tente de comprendre et de ramener Atsumi à la vie. Mais le monde de l’inconscient, des peurs et des projections se révèle un domaine bien plus troublant que ce qu’il ne croit.

A travers ce film étrange et délicat sur l’amour, la création et la culpabilité, Kurosawa tisse ensemble tout un univers de références, pourtant éloignées, du cinéma japonais contemporain. La poésie d’un Miyazaki (La Princesse Mononoké, Le château dans le ciel, Le vent se lève, …), la sensibilité exacerbée et pudique d’un Koreeda (Nobody Knows, Tel père Tel fils), ou encore le monde du thriller psychologique que l’on retrouve dans son propre Shokuzaï.

La réalité est peut-être par là-bas?

La réalité est peut-être par là-bas?

L’invention scénaristique qui retourne à un moment donné l’histoire en deux ne possède pas l’impact foudroyant d’une révélation policière, certes, mais est-ce vraiment l’objectif du film, si ce n’est nous questionner encore un peu plus? Le côté plastique, lisse, presque marionnettiste des acteurs, une apparente maladresse qui sert en fait une dimension de conte enchanteresse.

La fin du film, qui s’approche du fantastique jusqu’à l’effleurer, peut également déconcerter un spectateur amené depuis deux heures à suivre les errements sentimentaux et psychologiques du couple. Une fin élastique et un mélange des genres qui participent pourtant pleinement à l’originalité absolue du film. Difficile à accepter, peut-être, mais aurait-il pu sinon exprimer si fortement ce qu’il avait à faire passer?

Her, de Spike Jonze

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* * * * Parce que c’était elle, et parce que c’était lui. Erreur 404. 

De Scarlett Johansson, tête d’affiche, les amoureux transis n’auront que la voix pour fantasmer. Mais comme Joachin Phoenix, alias Theodore, cela sera peut-être suffisant pour succomber…

On est bien à la plage tout seul - euh non, en amoureux!

On est bien à la plage tout seul – euh non, en amoureux!

Dans un monde ultra-connecté, dans laquelle la technologie se fait futuriste mais le style vintage et léché (youpi les pantalons à pince en laine et la déco orangée that’s 70 show), chacun peut désormais dialoguer avec son OS (Operating System, le programme qui organise votre ordinateur en gros) personnalisé. Dans le cas de Theodore, écrivain publique de lettres d’amour digitalisées, célibataire tristounet fraîchement séparé de sa femme (Rooney Mara), l’OS se prénomme Samantha et possède une voix au timbre chaud et sexy qui cache mal une intelligence artificielle largement supérieure à celle de ses utilisateurs. En perpétuel apprentissage des us et coutumes humains, les OS développent avec leurs propriétaires une relation complexe, amicale ou carrément sentimentale. C’est le cas de Theodore, officiellement en couple avec Samantha, comme de son amie Amy (Amy Adams), dont la meilleure nouvelle amie s’appelle Ellie et vit dans son disque dur.

T'es belle dans la nuit, chérie

T’es belle dans la nuit, chérie

Dans un monde de science-fiction pas si éloigné du nôtre, voire extrêmement proche (on y arrivera peut-être plus vite que prévu), la solitude pense pouvoir se combler par la connectivité. Mais qui, de l’homme ou de la machine, aura le dernier mot? Spike Jonze déroule son histoire d’amour sans poser de jugement apparent : au spectateur d’osciller entre approbation et répulsion, sans jamais savoir ce qui est vraiment reprochable. Ce qui ne l’est pas, cependant, c’est la performance des acteurs, au top. On peut reprocher à Her de parfois trop s’attarder, mais sans aucun doute, le film et son atmosphère ne manquent pas de fasciner.

Cloud Atlas, de Lana et Andy Wachowski et Tom Tykwer

seau popcorn                      Beurk.

 

Une fresque prétentieuse dont la chute est à l’aune de son ambition absurde, véritable débordement d’images et d’aphorismes bienpensants qui, s’ils ne donnent pas la nausée aux plus aguerris, devraient au moins les mettre mal à l’aise. Cloud Atlas ne sauve son unique seau de popcorn qu’au regard d’une imagination, d’une science de l’image et du déguisement indéniables.

Attention je vais tout recracher!

Attention je vais tout recracher!

Partie voir ce film dans un esprit d’ouverture, reconnaissant que je ne pouvais pas uniquement chroniquer des films d’auteur sous-titrés arméniens ou danois, ces 2h45 (deux heures quarante-cinq!!!!!!!) de délire visuel se voulant tellement signifiant qu’il ne signifie absolument plus rien m’ont collée une bonne paire de baffes assorties d’une perfusion de lexomil.

Comme l’a très bien résumé mon voisin de projection: « t’as pas envie de t’ennuyer mais c’est quand même bien chiant ». A ce niveau là ce n’est même plus chiant, c’est carrément horripilant. Ce film génère un formidable yoyo émotionnel provoqué non pas par le contenu du film mais par le film lui-même: on passe de la bonne surprise (tiens ce n’est que de la science-fiction, tiens il y a de belles images) à un franc écoeurement en passant par un ennui vacillant, jusqu’à la fin, un matraquage de trente minutes de voix off pontifiante qui nous fait regretter l’époque des bobines 35 qui, elles au moins, on pouvait brûler. 

Cloud Atlas met en scène 5 histoires imbriquées les unes dans les autres, sorte de mille-feuille écoeurant débordant de crème pâtissière. Chacune de ces histoires, imaginée à des époques très différentes (avant, maintenant, après), ont pour protagoniste un héroïque être humain dont le tatouage en forme de comète indique la destinée: lutter contre l’oppression. Bouh, les méchants esclavagistes. Bouh, les méchants pétroliers. Bouh, les méchants garde-chiourmes de maisons de retraite. Bouh, les méchants cannibales. Et re-bouh, les vilains dictateurs du futur. Lançons les paris: combien d’américains vont-ils se précipiter se faire tatouer une petite étoile filante sur la peau des fesses?

Car sachez-le, les réalisateurs ont eu besoin de presque 3 heures de film (un Alzheimer du montage?) pour marteler jusqu’à ce que mort s’en suive ces deux préceptes fulgurants d’originalité et de finesse: c’est bien de se rebeller contre l’oppression, et l’amour, eh bien c’est beau.

Viens, repeuplons la planète dans ce bosquet derrière

Viens, repeuplons la planète dans ce bosquet derrière

 Dans l’univers de Cloud Atlas, pas de viande de cheval dans les lasagnes mais de la chair de cyborg dans la soupe de ces mêmes cyborg, ou comment penser avoir l’idée de la métaphore du siècle. Un discours tellement bienpensant et lénifiant que l’on finit par se demander si le film n’a pas été financé par la branche médias de la scientologie. Et puisque l’on en parle, Tom Cruise aurait fort bien pu remplacer Tom Hanks dans le rôle du vieil humain bourru retourné à l’état de sauvage après la Chute du monde moderne. Un Tom Hanks qui repeuple la planète de petits sauvages métis et regarde les étoiles de son oeil borgne en rêvant à un monde meilleur. A trois, sortez vos mouchoirs.

Les réalisateurs de Cloud Atlas ont apparemment bien intégré la notion de discrimination positive. Bravo à eux. Chacune des 5 histoires à son noir, son asiatique et son blanc amis pour la vie, dans un doux métissage ponctué de commentaires moralisateurs. Encore mieux, on nous offre également le couple homosexuel et le couple humain-cyborg. Qui dit mieux?

cloud atlas affiche Quelques références à Matrix se pointent par ci par là, yeux légèrement bridés des hommes du futur et un général de l’Union Rebelle qui nous rappelle vaguement quelqu’un… et nous fait amèrement regretter l’inspiration de l’époque des ex-frères Wachowski. Dans le genre mise en scène de l’humanité décadente après qu’elle eut réussi à détruire  la planète, Wall-E apparaît en comparaison comme un chef d’oeuvre de subtilité.

Oui, 5 mondes c’était peut-être un peu trop les gars. Pourquoi cet affreux concept qui consiste à mixer Avatar, Tron l’héritage, Benjamin Button, Le cercle des poètes disparus et Scoobydoo dans un cocktail vomitif? Pourquoi? Si au moins un de ces 5 mondes avait été celui de Spring Breakers, ca nous aurait reposé. C’est dire.