Adieu au langage, de Jean-Luc Godard

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*  Adieu, Jean-Luc

Dire adieu au langage, c’est apparemment réaliser un film dont l’absurdité n’a plus aucun sens, ne vous emmène nulle part si ce n’est dans l’ennui et une agression visuelle et sonore constantes; c’est, pour résumé, produire un objet vide de sens qui, inévitablement, ne peut, et ne veut, rien dire. Au spectateur, Godard ne dit plus rien : adieu, au langage. 

prise au piège, comme vous

prise au piège, comme vous

Vous êtes là, assis dans votre fauteuil, vos lunettes 3D sur le nez, et vous vous dites, « ce n’est pas parce qu’on utilise de la 3D à son âge – 84 ans – que l’on est un révolutionnaire ». S’il l’est toujours, révolutionnaire, c’est dans cette totale intention anti-narrative, ça oui, ça nous change, pas de storytelling, pas d’entertainment, de l’image, du son, de la go pro et de l’instagram, des aphorismes rédhibitoires, des allusions à la Seconde Guerre Mondiale, une femme nue, un homme nu, un chien qui court, des coupes nettes, attention chérie ça va trancher. Le concept, comme on le voit, est roi. De la branlette intellectuelle mixée de prouesses technologiques. Et en cela, oui, Jean-Luc Godard s’éclate. Mais nous dire adieu, c’est également nous rabaisser au rang de celui qui ne peut pas comprendre.

ciao

ciao

L’imbécile heureux, quoi. En peaufinant son message, Godard nous perd pour de bon. Le dévouement artistique à sa propre cause peut entraîner aussi loin que la solitude volontaire la plus complète. Rien à foutre de vous, des autres. Adieu au langage, si elle n’avait pas été estampillée Godard, aurait certainement constitué une superbe vidéo d’installation d’art contemporain imbitable, dans une petite salle noir et blanc carrée d’un musée huppé. Et si le Festival de Cannes lui a décerné son prix du jury, c’est, peut-être, pour transformer un affront en hommage gêné, à celui qui est, qui fut, un très grand réalisateur. Adieu.

D’une vie à l’autre, de Georg Maas

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* *  Superbe téléfilm, ou film mitigé : thriller post-guerre froide, faites vos jeux

Comme me l’a dit le caissier du cinéma à qui je demandais en achetant mon ticket ce qu’il pensait du film, « je n’ai pas d’avis. »

Etrange façon de parler d’un film, et pourtant, en sortant D’une vie à l’autre, on hésite réellement.

on était heureux quand même

on était heureux quand même

Pour, le réel intérêt historique de l’histoire racontée, la beauté des paysages, et celle des acteurs. La légende sur la beauté des femmes nordiques risque d’en reprendre pour 20 ans. Contre, une mise en scène parfois lourdingue un peu trop portée sur le flash-back, et un scénario qui agit contre lui-même, et finit par faire perdre au film l’épaisseur qu’il promettait d’avoir. Sans vouloir gâcher l’intrigue, il faut pourtant reconnaître que celle-ci souffre d’un tendance à sur-dramatiser, à trop vouloir expliciter les choses, alors qu’un mystère plus entier, une plus grande liberté d’imaginer laissée au spectateur, aurait fait beaucoup de bien au film.

Ca fait mal, la vérité

Ca fait mal, la vérité

Celui-ci revient sur le destin d’une norvégienne, Katerine (Juliane Khöler), née pendant la Seconde Guerre Mondiale d’une mère norvégienne et d’un père allemand. Ces enfants étaient à l’époque enlevés à leur mère par les nazis, qui les élevèrent dans des orphelinats spéciaux. A la libération, certains d’entre-eux furent retournés par la Stasi. En 1990, alors qu’un avocat envoyé par la Cour européenne vient questionner Katerine, son passé revient la tourmenter, ainsi que sa mère Ase (Liv Ullmann), son mari Bjarte (Sven Nordin) et sa fille Anne (Julia Bache-Wiig).

Qualifié par ses distributeurs de « mélange réussi entre Borgen et La vie des autres« , D’une vie à l’autre ne possède ni la justesse du premier, ni l’épaisseur dramatique du second. Malgré tout, on passe un bon moment, intéressant, esthétique, regrettant simplement de ne pas être plus confortablement sur son canapé devant cet excellent téléfilm d’Arte.