Boyhood, de Richard Linklater

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*  *  *  La famille Ricoré américaine va avoir du mal à s’en remettre.

Toujours penser à étudier ses parents à la loupe

Toujours penser à étudier ses parents à la loupe

Avec Boyhood, le réalisateur Richard Linklater, grand spécialiste des discussions existentielles de couple et de famille sous prozac (Before Sunrise, Before sunset, Before Midnight), dépasse ses habituels sujets de prédilection par un concept : filmer pendant 12 ans les mêmes acteurs, jouant les membres d’une famille divorcée-multi-recomposée du Texas. Soit deux enfants, Mason et Samantha, une mère célibataire débordée, Patricia Arquette, et un père absent-fantasque-artiste avec une super caisse, l’attachant Ethan Hawke. L’idée, avouons-le, a de l’envergure.

les joies capillaires de l'adolescence

les joies capillaires de l’adolescence

On ne sait pas comment Richard Linklater s’y est pris pour ficeler tout ça, si c’est le scénario qui a pris le pas sur le vécu, ou vice-versa, si les acteurs avaient beaucoup changé, s’ils étaient toujours prêts à jouer le jeu tout au long de ces années, mais le résultat y est : l’ensemble possède ce petit air intime de famille qui rend familière chacune des époques filmées, grâce à des private jokes et des traits de caractère que l’on s’approprie très vite. En bref, nous voilà dans l’intimité d’une famille texane de classe moyenne. Etrange expérience, pour un spectateur français.

papa est parti pêcher en Alaska

papa est parti pêcher en Alaska

Etrange, mais attendrissante, émouvante, drôle, oui. On tremble pour les enfants, rit avec les parents, le temps passe sans s’en apercevoir. Pourtant… L’enfance, c’est beau, mais c’est long, surtout vers la fin. La magie de l’enfance et le rythme espiègle des premières années finit par s’étaler dans un bon gros mélange qui s’épanche on ne sait pas bien pourquoi sur les tracas existentiels du jeune adolescent Mason, alors âgé de 15 à 18 ans. Sa soeur Samantha disparaît à peu près du radar. Le film se termine alors par une sorte de court-métrage digne d’un teen movie californien, et c’est fort dommage, car il coupe le lien créé précédemment avec le spectateur. Le scénario – soudain trop écrit - finit par reprendre le dessus sur une alchimie qui embellissait tout, y compris le beau-père alcolo ou les coupes de cheveux ratées. Les ficelles apparaissent soudain derrière les marionnettes. De Boyhood donc, on ressort attendri, certes, mais le charme, lui, est discrètement rompu.

Joe, de David Gordon Green

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* * *  White trash, Texas Rangers, et petite larme au coin de l’oeil

Nicolas Cage barbu, tatoué et vêtu de chemises à carreaux dans un film indé à la photographie désaturée, c’est désormais possible.

Got a problem m'am?

Got a problem m’am?

Joe s’inscrit dans la lignée de tous ces films américains qui utilisent comme matière première des paysages sublimes et désolés, l’accent traînant du Sud du pays et la pauvreté humaine et sociale pour construire des histoires hautement photogéniques, et souvent réussies. Certes, ces films ont tendance à (trop?) se ressembler. Un Joe fera sans aucun doute penser à un Mud. Ne serait-ce que parce que les acteurs-phares de ce genre s’institutionnalisent : le gamin paumé de Mud et celui de Joe sont ainsi interprétés par le même excellent jeune acteur, Tye Sheridan, 18 ans. Qui est, cqfd, également présent dans Tree Of Life de Terence Malick, apôtre du genre (Les Moissons du Ciel, La Balade Sauvage, …).

Un petit manque d’originalité dans le traitement, peut-être, une tendance à la longueur inutile, parfois, mais qui ne grèvent pas sérieusement la qualité de l’ensemble. Joe nous dévoile un scénario intelligent, conforté par une sensibilité omniprésente, une photographie magnifique et des acteurs synchro. Et toc.

Le pick-up, élément incontournable de la panoplie texane

Le pick-up, élément incontournable de la panoplie texane

Une bourgade anonyme et décrépie du Texas. Joe (Nicolas Cage) est un brave homme d’une cinquantaine d’années, ancien repris de justice reconverti dans la supervision d’une équipe de bûcherons. Bourru et sympathique, solitaire mais amical, Joe rencontre un matin un jeune homme de 15 ans, Gary (Tye Sheridan), en quête de travail. Fraîchement arrivé en ville avec son père alcoolo, violent et SDF (excellent Wade Jones), sa mère absente et sa soeur Dorothy rendue muette par le désespoir, Gary s’investit avec toute sa volonté de vivre. Tout comme Joe, il cherche à se construire un nouveau quotidien. Alors que Joe prend Gary sous son aile, leurs problèmes à tous les deux, pourtant si désireux de leur échapper, finissent par les rattraper.

Histoire d’amitié, de confiance et de rédemption, Joe touche la corde sensible. Belles images, personnages attachants, la recette fonctionne. Certains détails, comme le manque de travail sur le personnage pourtant présent de la mère, interpellent. Mais le résultat est à la hauteur de la promesse cinématographique : vous n’aurez pas perdu votre temps.