The two faces of January, de Hossein Amini

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*  *  « Mais c’est qui, January ? » A l’heure actuelle, on n’a toujours pas compris.

L'affiche sépia, star du cinéma

L’affiche sépia, star du cinéma

« Ce type d’affiche en sépia, ça fait toujours redouter un biopic interminable. » The two faces of January n’a pourtant rien d’un biopic, et dure 1h36. Thriller adapté d’un roman de Patricia Highsmith, ce film produit par Canal (dans la même veine que le précédent, La Taupe) distille un petit air de duplicité et de chic-attitude sixties très proche de celui du Talentueux Mr Ripley. Une ressemblance jusque dans ce trio qui n’est en réalité qu’un duo, deux hommes à la rivalité amicale trouble, entre lesquels minaude une femme qui n’a que peu d’importance.

vacances romaines à Athènes

vacances romaines à Athènes

Chester (Viggo Mortensen) et Colette (Kirsten Dunst) forment un couple d’Américains beaux et fortunés venus visiter la vieille Europe. Alors à Athènes, ils font la connaissance d’un compatriote reconverti en guide touristique, Rydal (Oscar Isaac). Jeune brun fougueux, Rydal retrouve en Chester la froideur autoritaire de son père et voit en Colette le symbole de la blonde à chapeau idéale. Ce qu’il ignore, c’est que ce couple si glamour est en réalité en fuite…

Panama, Persol et robes à pois sous soleil grec, ce qui démarre comme une aventure de vacances tendance prend doucement la tournure d’un mauvais rêve. On suppose, puisque Colette ne s’appelle pas January et que le film ne se passe pas en janvier mais en été, que le titre du film fait référence au double visage de Janus, roi de la duplicité. Qui aura donc la peau de qui?

Le donut, aliment-phare du régime crétois

Le donut, aliment-phare du régime crétois

Le suspens suit une montagne russe décevante : de pas mal on passe à bien, avant de tomber dans un état final dépité. Trop bien huilée, la mécanique ne parvient pas à rendre ces petits dysfonctionnements qui font le charme des thrillers d’antan (preuve à l’appui avec Plein Soleil). Les sentiments qui devraient tout expliquer parviennent à peine à balbutier, faisant perdre à l’intrigue sa crédibilité. Un thriller à l’esthétique ravageuse et au casting imparable, mais à la rythmique ennuyeuse : too bad.

D’une vie à l’autre, de Georg Maas

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* *  Superbe téléfilm, ou film mitigé : thriller post-guerre froide, faites vos jeux

Comme me l’a dit le caissier du cinéma à qui je demandais en achetant mon ticket ce qu’il pensait du film, « je n’ai pas d’avis. »

Etrange façon de parler d’un film, et pourtant, en sortant D’une vie à l’autre, on hésite réellement.

on était heureux quand même

on était heureux quand même

Pour, le réel intérêt historique de l’histoire racontée, la beauté des paysages, et celle des acteurs. La légende sur la beauté des femmes nordiques risque d’en reprendre pour 20 ans. Contre, une mise en scène parfois lourdingue un peu trop portée sur le flash-back, et un scénario qui agit contre lui-même, et finit par faire perdre au film l’épaisseur qu’il promettait d’avoir. Sans vouloir gâcher l’intrigue, il faut pourtant reconnaître que celle-ci souffre d’un tendance à sur-dramatiser, à trop vouloir expliciter les choses, alors qu’un mystère plus entier, une plus grande liberté d’imaginer laissée au spectateur, aurait fait beaucoup de bien au film.

Ca fait mal, la vérité

Ca fait mal, la vérité

Celui-ci revient sur le destin d’une norvégienne, Katerine (Juliane Khöler), née pendant la Seconde Guerre Mondiale d’une mère norvégienne et d’un père allemand. Ces enfants étaient à l’époque enlevés à leur mère par les nazis, qui les élevèrent dans des orphelinats spéciaux. A la libération, certains d’entre-eux furent retournés par la Stasi. En 1990, alors qu’un avocat envoyé par la Cour européenne vient questionner Katerine, son passé revient la tourmenter, ainsi que sa mère Ase (Liv Ullmann), son mari Bjarte (Sven Nordin) et sa fille Anne (Julia Bache-Wiig).

Qualifié par ses distributeurs de « mélange réussi entre Borgen et La vie des autres« , D’une vie à l’autre ne possède ni la justesse du premier, ni l’épaisseur dramatique du second. Malgré tout, on passe un bon moment, intéressant, esthétique, regrettant simplement de ne pas être plus confortablement sur son canapé devant cet excellent téléfilm d’Arte.

Real, de Kyoshi Kurosawa

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* * *  La jolie folie douce de Kurosawa

Entre fable, poème, histoire d’amour et thriller de science-fiction, le Real de Kiyoshi Kurosawa s’ancre pourtant plus jamais dans la réalité, en tentant de comprendre ce qu’elle est.

Ah mais je te vois!

Ah mais je te vois!

Le jeune couple formé par Koichi et Atsumi habite un charmant cocon au coeur de Tokyo, dans lequel Atsumi s’adonne à son travail et passion, le dessin de mangas. Jusqu’au jour où elle tente de se suicider et sombre dans un profond coma. Heureusement, la science permet de se connecter au cerveau de la personne inconsciente et de dialoguer avec elle par le biais de la pensée. C’est ainsi que Koichi tente de comprendre et de ramener Atsumi à la vie. Mais le monde de l’inconscient, des peurs et des projections se révèle un domaine bien plus troublant que ce qu’il ne croit.

A travers ce film étrange et délicat sur l’amour, la création et la culpabilité, Kurosawa tisse ensemble tout un univers de références, pourtant éloignées, du cinéma japonais contemporain. La poésie d’un Miyazaki (La Princesse Mononoké, Le château dans le ciel, Le vent se lève, …), la sensibilité exacerbée et pudique d’un Koreeda (Nobody Knows, Tel père Tel fils), ou encore le monde du thriller psychologique que l’on retrouve dans son propre Shokuzaï.

La réalité est peut-être par là-bas?

La réalité est peut-être par là-bas?

L’invention scénaristique qui retourne à un moment donné l’histoire en deux ne possède pas l’impact foudroyant d’une révélation policière, certes, mais est-ce vraiment l’objectif du film, si ce n’est nous questionner encore un peu plus? Le côté plastique, lisse, presque marionnettiste des acteurs, une apparente maladresse qui sert en fait une dimension de conte enchanteresse.

La fin du film, qui s’approche du fantastique jusqu’à l’effleurer, peut également déconcerter un spectateur amené depuis deux heures à suivre les errements sentimentaux et psychologiques du couple. Une fin élastique et un mélange des genres qui participent pourtant pleinement à l’originalité absolue du film. Difficile à accepter, peut-être, mais aurait-il pu sinon exprimer si fortement ce qu’il avait à faire passer?

L’amour est un crime parfait, de Jean-Marie et Arnaud Larrieu

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*  *  Mais le film, moins !

Viard et Podalydès, un couple déjanté au top de la lunette 3D

Viard et Podalydès, un couple déjanté au top de la lunette 3D

Certains auront peut-être du mal à comprendre le sens de ce titre, beaucoup risquent même de repartir avec cette interrogation en sortant de la salle. Disons que l’on comprend, sans vraiment comprendre. Inconfortable, comme situation. Les frères Larrieu ont tissé d’après le roman de Philippe Djian un embrougliami familialo-sentimentalo-psychotique qui peine à choisir son camp. Il ne s’agit pas vraiment d’un thriller, d’un drame oui, d’une histoire d’amour, peut-être. Un doux mélange des genres dont d’indécision égare le spectateur sur la piste.

Marc (Mathieu Amalric, pile poil dans son créneau favori, c’est-à-dire entre séduction et totale névrose), professeur de littérature pour jeunes femmes sexy, vit depuis toujours dans un chalet haut-perché style Elle Décoration avec sa sœur Marianne (Karin Viard), vamp toxique et bibliothécaire dans la même université que son frère. Lorsque disparaît une des étudiantes de Marc, Barbara, le voilà pris au piège entre la détresse de la sublime belle-mère de l’étudiante (Maïwenn), la jalousie de Marianne qui en profite pour fricoter avec le directeur de la fac (un Denis Podalydès parfait de gaucherie), la méfiance d’un enquêteur et le harcèlement d’une autre étudiante chaude comme la braise (Sara Forestier) et virulente adepte de la jupe ras les fesses. Un homme traqué, donc, qui trouve un semblant de réconfort dans ses balades en raquette, pendant lesquelles l’air pur des cimes se dispute la place avec l’air vicié des cigarettes. Une métaphore plutôt efficace du film. Perversion vs. innocence, round 2.

Amalric-Marc, transi d'amour, et de froid

Amalric-Marc, transi d’amour, et de froid

On y fume, beaucoup, on y baise, pas mal, on y parle, trop, ou trop peu, cela dépend des moments. Le meilleur rôle du film, hormis son ambiance à la fois déjantée et morbide, revient sans conteste au paysage de montagne sublime, parfaitement mis en scène par les réalisateurs. Les vrais personnages, humains, s’ils sont tous incontestablement interprétés par d’excellents acteurs, pataugent malheureusement trop profondément dans la neige fondue d’un genre dont le flou artistique, produit par son indécision constitutive,  finit par abîmer l’ensemble.

Hijacking, de Tobias Lindholm

seau popcornseau popcornseau popcorn                  Le piratage façon Danemark:                                                                                   le retour inattendu de la négociation par fax

Et pendant ce temps, la famille royale pouponne

Et pendant ce temps, la famille royale pouponne

Tobias Lindholm, scénariste de la série politique Borgen, met en scène dans un univers proche de la construction d’un épisode de série à suspens le détournement d’un cargo danois par des pirates somaliens. Ce double huit-clos, navire craspouille d’un côté, siège reluisant de la compagnie maritime de l’autre, embarque le spectateur dans 109 minutes de tractations financières et de pression psychologique rondement menées.

Car l’enfermement est double, et pas uniquement du côté des otages. Mikkel (Pilou Asbaek), cuisinier à bord du Rozen, est choisi par Omar, le négociateur, pour faire le lien avec le Danemark. De ce fait, il gagne une importance émotionnelle fondamentale dans la stratégie de négociation du PDG de l’entreprise, Peter (Soren Malling), décidé à porter l’affaire sur ses seules épaules. Obsédé par ses conversations erratiques avec Omar, qui téléphone ou envoie des fax sans aucune logique du timing, Peter s’enferme des mois durant dans son bureau, unique relais qui prouve que son équipage est toujours en vie.

Un équipage qui survit dans une minuscule pièce écrasée par la chaleur et les odeurs de ses déjections. Les pirates, éléments changeants et insaisissables, alternent courts instants de fraternité humaine et cruauté la plus élémentaire, plongeant les otages dans un état de stress psychologique qui tend vers la folie. Un processus qui se déroule presque à l’identique dans le bureau de Peter.

affiche-du-film-hijacking-10928127pfiemC’est d’ailleurs dans le choix de ce traitement, où la pression humaine et financière remplace l’air de rien les scènes d’action, dans cette construction en miroir entre terre et mer, et dans l’absence de misérabilisme ou d’effets larmoyants, que se situent l’originalité et la justesse de Hijacking par rapport aux films du genre. Un voyage solide et haletant dans lequel le spectateur s’embarque sans réfléchir et sort essoré. L’expérience vaut le détour ne serait-ce que pour mettre un visage et une émotion sur ce phénomène du piratage moderne dont les mentions journalistiques laissent de marbre un public qui peine à en imaginer la réalité.