Yves Saint-Laurent, de Jalil Lespert

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*   Dans les décevantes coulisses d’une mode au rabais

Une mise en scène plus torride, tu meurs!

Une mise en scène plus torride, tu meurs!

Le talent même de Pierre Niney (YSL), dont la performance est écrabouillée par l’emballage du film, et de Guillaume Gallienne (Pierre Bergé), empêtré dans un rôle mal défini, n’ont pu empêcher le craquage des coutures de ce biopic corporate du célèbre couturier.

Le réalisateur, Jalil Lespert, s’est principalement intéressé à la relation entre les deux hommes et la lente descente aux enfers du couturier torturé, avec une immense et incompréhensible ellipse sur ses trente dernières années: un choix dramatique un poil racoleur qui, il fallait s’y attendre, finit par totalement saper le moral et l’énergie du pauvre spectateur. Encore pire, nulle part n’apparaît la raison d’être d’un tel film, à savoir le rôle fondamental qu’a joué le couturier dans l’évolution du prêt-à-porter. Voilà qui n’a pas du intéresser le réalisateur.

Foisonnante, neuve, plutôt aérée, la première demi-heure, qui retrace les débuts du jeune Yves Saint-Laurent, son enfance à Oran, ses premiers pas dans le milieu parisien de la haute-couture puis sa première consécration en tant que collaborateur de Christian Dior, donne pourtant l’espoir par sa fraîcheur de passer un agréable moment de cinéma. Le phrasé de Pierre Niney, qui imite à la perfection l’intonation lente et particulière du couturier, éveille alors l’attention – mais juste le temps de s’y habituer. Soit pendant une vingtaine de minutes.

On aura au moins appris quelques trucs de grand couturier, à défaut d'avoir apprécié

On aura au moins appris quelques trucs de grand couturier, à défaut d’avoir apprécié

Ensuite ? Une succession sédative de scènes de plus en plus sombres, de l’innocence des débuts à la débauche de la fin : on aura compris le message. La deuxième partie de la jeunesse de Saint-Laurent, rythmée par la drogue, l’échangisme, les folles nuits avec ses amis Loulou de la Falaise (Laura Smet) et Karl Lagerfeld, et l’omniprésence attentive, mais apathique, de Pierre Bergé, manque d’une petite chose pourtant essentielle : de l’intérêt. Soit un film de cinéma sans grande sensibilité qui n’a pas su se dépêtrer du film d’entreprise. Quant aux dites égéries de Saint-Laurent, Victoire (Charlotte Le Bon), Betty (Marie de Villepin), Loulou de la Falaise : elles ont la présence et la vivacité de chaises empaillées.

En voulant en faire trop, et désireux d’appuyer là où ça fait mal, Jalil Lespert a fini par complètement étouffer son personnage, pour lequel notre empathie termine proche de zéro. Alors que l’on plaint vaguement le pauvre Pierre Bergé, qui semble ici une victime passive et dépassée, Yves Saint-Laurent lui-même finit par complètement nous horripiler. Voilà qui est tout de même dommage.

Pour aller plus loin: Cinéma et industrie du luxe, les dessous d’une relation perverse