The Grandmaster, de Wong Kar Wai

seau popcornseau popcornseau popcorn     In the mood for a kung fu battle de popcorns

Lorsque Wong Kar Wai, connu pour son romantisme éthéré*, se lance dans le kung fu, il ne peut pas s’empêcher de rendre contemplatif et d’un esthétisme presque douloureux n’importe quel combat d’art martial, fut-il à mort. Un grand maître du genre. 

Désolée mais il n'y a pas de panda pour une fois

Désolée mais il n’y a pas de panda pour une fois

Une fois encore, le public qui m’entourait mérite son petit paragraphe. Car le cinéma, ce ne sont pas que des acteurs qui font des cabrioles sur un écran numérisé, mais également un passionnant microcosme de spectateurs. A ma gauche, un couple de donzelles se bécotait à grands bruits d’amour baveux: si la France réac faisait un peu moins la une, j’aurais certainement lâché un de mes fameux « chuuuuut » exaspéré. Etant donné les circonstances, j’étais prête à employer la fameuse prise du popocorn sournois contre qui tenterait de les asticoter. A ma droite, ô surprise, un (autre) critique à la crinière blanche griffonnait compulsivement sur son petit carnet en ponctuant chaque scène d’un bref « huhu » pédant qui fleurait bon les oeufs mimosa du Flore. Celui-là, je lui aurais bien envoyé un coup de pied retourné.

1936. Fushan, bourgade chinoise bien connue alors pour son Pavillon d’Or, un lupanar de luxe dans lequel se retrouvent les grands maîtres d’arts martiaux du coin. Ip Man (Tony Leung Chiu Wai), respectable père de famille, est désigné pour représenter le Sud face à la famille Gong, dynastie du Nord. Le vénérable maître Gong possède une arme secrète terriblement efficace: sa fille Gong Er (Zhang Ziyi), détentrice du savoir du kung fu des 64 mains. Une rareté, apparemment. La belle Er, qui ne pourra pas éviter le combat des chefs contre l’ex poulain de son père, le fourbe Ma San (Chang Chen), connaîtra comme tous les protagonistes de cette fresque poétique un destin amer, marqué par le code de l’honneur, une certaine mélancolie et les guerres qui ensanglantent la Chine.

Eh non, Wong Kar Wai ne change ni de style ni de thématique avec ce film. On y retrouve, charmés, l’ambiance vaporeuse d’In the Mood for Love, ravis de retrouver la civilisation chinoise après un bref passage par l’Amérique que l’on préfère oublier (My Blueberry Nights). On y retrouve le Hong Kong des années 1950, on rêve une fois de plus à un amour impossible, on s’émerveille devant les costumes, les chorégraphies et, spécialité de The Grandmaster, les sages aphorismes tirés de la philosophie des arts martiaux.

Kamehamehamehaaaaaaaaaaaaaa

Kamehamehamehaaaaaaaaaaaaaa

Si l’image elle-même et une dramaturgie parfois difficile à suivre finissent par essouffler le spectateur, The Grandmaster parvient à nous entraîner dans un univers troublant à la sensibilité subtilement mêlée de violence, qui rappelle par moments l’aventure passionnée d’un Corto Maltese. De la fumée des lampes à huiles du Pavillon d’Or à celle de la locomotive à vapeur qui traverse une Chine glacée, les destinées croisées de Ip Man, légendaire maître de Bruce Lee, et de Gong Er, héroïne tragique et solitaire, risquent de provoquer une hausse drastique des inscriptions dans les clubs de sport.

*Filmographie sélective de Wong Kar Wai:

  • In the Mood for Love (2000)
  • 2046 (2004)
  • My Blueberry Nights (2007)

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