The immigrant, de James Gray

* L’arnaque du mois

Un réalisateur de renom, un casting béton, un décor historique léché à mort : les Américains voient décidément tout en grand, même l’arnaque : The Immigrant, la  supercherie du mois, l’épopée historique à l’esthétique sans âme.

Allez, à trois, on pleure! Un ..

Allez, à trois, on pleure! Un ..

Mais pourquoi ? Alors que le sujet de l’immigration américaine du début du XXe siècle, et surtout le cadre passionnant d’Ellis Island, méritent largement un film de cette ampleur, ce drame signé James Gray ne dit rien de tout cela. Il se contente de disséquer interminablement les états d’âme tiédasses du duo joué par Bruno, un maquereau ambivalent (malgré tout excellent Joachin Phoenix) et Ewa, une pauvre immigrée polonaise aux yeux tristes (Marion Cotillard). Bruno, fripouille bien en vue, se débrouille pour persuader Ewa que si elle gagne assez d’argent (en se prostituant), elle pourra faire sortir sa sœur Magda, retenue en quarantaine pour tuberculose. Une situation dramatique engluée dans une atmosphère morbide à souhait, au cœur d’un magnifique décor historique dont on aimerait bien sortir par moments, ennuyés, déprimés, ou même exaspérés que l’on est.

Marion Cotillard, dont on n’en attendait pas moins, livre une performance à l’intensité amorphe, dans un registre monocorde époustouflant. On comprend mieux pourquoi certains critiques se sont pâmés devant son apprentissage parfait du polonais : il fallait bien lui reconnaître un mérite. Le rôle d’Ewa, cette héroïne qui n’a rien de remarquable, passive jusque dans l’insulte la plus grave, a bien du mal à arracher des larmes au spectateur, pourtant tiraillé à l’excès par un scénario savamment mélodramatique. Quant au rôle joué par Jeremy Renner (Emil), on cherche encore à en comprendre la finalité…

S’il est assez juste que l’on reconnaît dans ce film un hommage au cinéma historique américain, et notamment au cinéma muet, il aurait peut-être fallu, pour qu’il soit à la hauteur de son modèle, qu’il sache parfois se taire. Et qu’il fasse l’effort de s’élever au-delà des performances mitigées de ses rôles titres, pour réellement questionner les problématiques de l’époque.

Heureusement que Joachin est là pour mettre l'ambiance

Heureusement que Joachin est là pour mettre l’ambiance

3 réflexions au sujet de « The immigrant, de James Gray »

  1. My God !!!!!!!!!!
    Parti avant la fin
    NY sous toutes ses coutures on l’a vu cent fois et autrement mieux filmé dans Le Parrain et dans tant d’autres
    Je ne vous suis pas sur Phoenix dont le talent habituel disparaît derrière ce personnage nul et grotesque comme ils le sont tous d’ailleurs dans ce film, Cotillard la première et là j’ adhère à votre commentaire à 100%. Elle peut être bonne et émouvante parfois, comme dans De Rouille et d’Os, mais ici elle cache en permanence son mauvais accent derrière un ton d’une incroyable platitude.
    Rien dans ce scénario ne tient la route, et je ne veux même pas savoir comment le film se termine tellement il ne devrait même pas avoir commencé.
    Si je suis resté tout de même, quoique difficilement, une heure et demi dans la salle c’est parce que je voulais donner une petite chance à Gray de se rattraper …
    Je suis donc sorti en colère du cinéma.
    Ce film nul aurait dû être déglinguée par l’ensemble de la profession des critiques.
    L’accueil à Cannes certes a été mauvais. Mais nous avons eu pourtant droit dimanche à des commentaires extasiés de 2 des critiques de l’émission Le Masque et la Plume. Trois heureusement l’ont éreintaient.

    • Le mot « colère » est le bon! Ce film frustre totalement le spectateur, en particulier par le décalage énorme entre l’ambition affichée et la médiocrité du résultat.
      Et je crois que si j’ai voulu me raccrocher à Joachin Phoenix, c’est qu’il me fallait quelque chose à me mettre sous la dent pour ne pas complètement regretter ces 2h30 de perdues… Cela étant, même s’il campe un personnage peu ragoutant, ce qui n’aide pas, jamais il ne pourra atteindre le manque d’aspérité de sa partenaire à l’écran.

  2. Dur dur de descendre la seule prestation de Cotillard quasiment visible sans pleurer d’ennui sur un écran… Je l’ai trouvé moins mélo que d’habitude et quant à Phoénix il est égal à lui même et reste intéressant. Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne l’écrin temporel du film qui méritait d’étendre un peu la narration au delà de deux ou trois personnages finalement relativement insignifiants dans l’épisode historique fondamental pour les EU qu’a été Ellis Island, mais tu es dure!!!!
    Décors superbes, musique larmoyante (trop?), durée maîtrisée (à peu près), nous conviendrons donc que ce film a certains atouts pour lui mais reste cependant plombé par son intrigue trop minimaliste. On est un peu d’accord en fait…

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