Tu seras sumo, de Jill Coulon

seau popcornseau popcorn   T’es trop gros? C’est bien, reprends donc une brouette de popcorn.

Ceux qui vouent un culte bobo-diétético-calligraphico-philosophique au Japon risquent d’avoir les poils qui se hérissent un chouïa. Car le sumo, chers amateurs de sushis et de tamari, malgré toute la révérence que l’on peut avoir face à une discipline qui se pratique depuis le VIIIème siècle, fait parfois froid dans le dos (déjà mis à mal par une nuit de futon).

J'aurais peut-être dû choisir la danse...

J’aurais peut-être dû choisir la danse…

Jill Coulon a suivi pendant des mois un jeune apprenti sumo, débarqué de son île natale dans un Tokyo étranger dont il ne connaît que le périmètre où les lutteurs vivent tous ensemble. Vivre, ici, c’est manger, dormir, lutter, mais surtout, manger. Takuya a abandonné le judo et ses amis pour vivre le rêve de son père, homme taciturne qui lui a interdit de revenir en cas d’échec. Tu seras sumo, mon fils.

Largué au beau milieu de son écurie (comprendre, son équipe d’entraînement), le jeune poulain (comprendre, le jeune recruté) doit se montrer à la hauteur de l’honneur qui lui est fait. Un honneur qui implique de manger le plus possible pour devenir plus fort, de dormir dans la même pièce qu’une dizaine d’autres lutteurs de corpulence respectable, de laver leurs ceintures péniales, et surtout, de ne rien faire d’autre. Jill Coulon n’effleure qu’à peine la dimension glamour du sumo, les lutteurs étant considérés comme des demi-dieux au Japon, pour se concentrer sur le destin de ce jeune homme dont la solitude et l’apparente passivité face à son gavage continuel confèrent une atmosphère clairement angoissante à ce film. Takuya expérimente brutalement une école de la vie plutôt étouffe-chrétienne. Il y gagne 19 kilos en deux mois et un sacré coup au moral. Va-t-il parvenir à le digérer et à l’assimiler, ou va-t-il devoir tout recracher?

To be sumo or not to be, that is the question

To be sumo or not to be, that is the question

Un sujet alléchant (si l’on peut encore parler de nourriture ici) traité sous un angle original (celui de l’apprentissage d’un jeune japonais qui découvre en même temps que nous l’univers du sumo), mais qui manque à la fois de perspective historique et sociale (pourquoi et comment le sumo occupe-t-il une telle importance dans la culture japonaise, si tant est qu’elle existe encore) et d’un montage qui nourrisse (promis, j’arrête bientôt les métaphores nutritives) le propos. On regrette de ne pas en apprendre davantage sur le rapport des japonais au sumo, ce qui nous aurait aidé à mieux cerner la problématique qui se pose au protagoniste, et de sortir de la salle avec un sujet de conversation supplémentaire à glisser l’air de rien lors d’un dîner mondain.

Résultat des courses, le spectateur reste sur sa faim, le menu annoncé manquant légèrement de piquant. Bon appétit.

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