Under the skin, de Jonathan Glazer

*  *  L’Expérimentation SF bruineuse du mois

Scarlett téléphone maison ?

Scarlett téléphone maison ?

On se demande ce qui a poussé la tête d’affiche Scarlett Johansson à accepter ce rôle mutique, hypnotique et totalement extra-terrestre dans un film qui ne l’est pas moins. Le goût du risque peut-être, ou l’attrait animal pour un scénario radical qui ose franchement aller là où on n’a guère l’occasion de se balader.

L’histoire se déroule comme en apnée, dans une Ecosse transie de froid et d’humidité, pleine de solitudes misérables d’hommes qui viennent s’engluer avec une convoitise charnelle non dissimulée dans la toile vénéneuse de l’étrange Scarlett. Derrière les essuies-glaces frénétiques de sa camionnette, la belle en fourrure sillonne le pays en quête de proies. De proies, oui, mais pour en faire quoi ? On ne dévoilera rien, si tant est qu’on a réussi à le deviner. Under the skin s’amuse à nous laisser en suspens, pleins de doutes et de suppositions. Mais c’est qui, elle ? Elle vit de quoi, comment ? Et pourquoi un mystérieux motard nettoie tout derrière elle ? M’enfin ?? Le problème, c’est que personne ne parle beaucoup. Pour les explications de texte, vous vous débrouillerez.

La bonne vieille douche écossaise

La bonne vieille douche écossaise

Ce mutisme ambiant s’accompagne de deux éléments fondamentaux du film : sa bande-son et ses paysages. Ne retenez que le premier plan, et vous comprendrez. Les formes et les déplacements des personnages donnent parfois l’impression étrange de se retrouver devant une vidéo expérimentale d’art contemporain entrecoupée de Scarlett presque nue, puis nue, sans voyeurisme mais avec une bonne dose de bizarrerie. Quant à la SF, elle est à la fois partout et nulle part : la dernière partie du film tendrait même à montrer que les êtres les plus extra-terrestres rêvent de leur propre part d’humanité.

je me noie dans tes yeux, baby

je me noie dans tes yeux, baby

Dommage que le film tende à s’engluer lui-même dans une lenteur répétitive un poil trop poussée. Le léger ennui provoqué décolore légèrement l’ambiance froide, glauque et pourtant fortement sexualisée qui caractérise le film. Un film étrange, puissant, esthétique jusqu’à en crever, dont la singularité risque pourtant de ne pas plaire à tout le monde.

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